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BULLETIN EN TOUTE LIBERTÉ

LUNDI 30 MAI 2005

Commencez par cesser de mentir

En 10 ans, la France chiraquienne est passée de la « fracture » verbale à une rupture bien réelle…

Exceptionnellement le chef de l'État était intervenu, officiellement, c'est-à-dire sur les ondes hertziennes, quatre fois pendant la campagne. Il n'a pas convaincu. Pis encore, son propos, déconnecté du vécu quotidien des Français, a conduit à un résultat de rejet, assez exceptionnel, de quelque 10 points.

Exceptionnellement, il a tenu à s'exprimer le soir même de son échec. Et son allocution était aussi creuse que son cerveau paraissait ramolli.

Big Brother n'est plus rien sans télécran. Manifestement la classe politique a enregistré une défaite sans précédent.

Dans le flot des commentaires de la nuit, publiés ce 30 mai, plus ou moins réducteurs, plus ou moins coupés de l'information, je retiens ce titre des Échos, en première page : « Le choc » et cette analyse d'un politologue (1) « Ce 29 mai est une insurrection froide ».

Souhaitons donc que l'insurrection reste froide et surtout qu'elle devienne lucide.

Sur le « choc », ne parlons quand même pas de surprise.

La courbe des sondages était assez claire. Au-delà même de la balance, évolutive, incertaine, entre les oui et les non, deux France se dessinaient et cela résulte de manière éclatante dans le détail du dernier sondage récapitulatif (2). On y voit bien nettement les « pointes ». Il faut en effet, dans une « étude par sondages », considérer par priorité les maximums de part et d’autre.

Votaient « oui » de manière significative,
- politiquement les électeurs de l'UDF (87 %) et de l'UMP (80 %)
- mais aussi et d'abord les cadres (66 %), les indépendants, les diplômés de l'enseignement supérieur (65 %), les plus de 65 ans (65 %), les habitants de l'Île de France (56 %) (3), les indépendants (56 %) les étudiants (55 %).

Votaient « non »,
- politiquement, les communistes (92 %), les villiéristes (91 %), les électeurs du FN (91 %), les gauchistes (88 %), les électeurs Verts (74 %).
- mais aussi et d'abord les ouvriers (73 %) les salariés du secteur privé (61 %), les ruraux (58 %), les titulaires de Bac +2 (57 %).

En 10 ans, la France chiraquienne est passée de la « fracture » verbale à une rupture bien réelle…

Tiens ? dira-t-on : les fonctionnaires votaient moins « à gauche » que les salariés du privé.

Eh bien on a interrogé les gens qui ont effectivement voté non à la sortie des Urnes. Première préoccupation : le chômage pour 46 % d'entre eux ; on est loin de la constitution européenne. M. Chirac ne « comprenait pas » (il l'a dit) cette inquiétude lors de sa rencontre avec les jeunes… C'est normal, M. Chirac a toujours été fonctionnaire. Il n'a jamais su ce qu'était le chômage. Et comme il n'a jamais su non plus ce qu'était une entreprise (4) les remèdes au chômage auxquels il a songé depuis 1995 ont TOUS échoué, et cela continuera aussi longtemps que lui-même ou un autre énarque tiendra les rênes du pouvoir.

On me dira : vous faites une analyse « populiste », et pourquoi pas «poujadiste ».

Je ne le crois pas. Je crois dire tout simplement la vérité.

La pire injure, la pire étiquette, aux yeux de nos dirigeants, de nos communicants et de nos maîtres, c'est sans doute, en effet, le « poujadisme ». C'est même devenu un gros mot. On dit aujourd'hui « populiste ».

En janvier 1956, il y avait en France 11,5 % d'électeurs poujadistes, et deux ans plus tard la IVe république s'effondrait.

En l'an de grâce 2005, le nombre des poujadistes, ou des « populistes », est passé à 54,9 %. M. Chirac aurait tort de croire qu'il lui suffirait de congédier son majordome et quelques domestiques pour sauver le palais royal. S'il avait la moindre culture historique il méditerait peut-être la leçon de Charles Ier : « Remember ».

Cromwell heureusement ne semble encore guère se dessiner dans le paysage visible de la France. On ne tranche plus les têtes, on ne pend plus les gueux, on ne garde même plus dans les prisons de la République les assassins fous. À notre époque où les juges « mettent en examen »: c'est un temps béni pour les « droits de la défense », sinon pour les victimes. M. Chirac ferait bien d'en profiter avant de voir revenir les nouveaux Cromwell ou les descendants de Fouquier-Tinville ou de Robespierre, les Têtes Rondes, les Jacobins, les Sans-Culottes et les Puritains se profiler à l'horizon. Il n'a guère à craindre du juge Courroye.

L'Histoire recommence toujours… En même temps l'Histoire « ne repasse pas les plats ».

L'État français a saboté la longue chance historique, celle dont il disposait depuis la déclaration Schuman-Monnet, de marquer l'Europe de ses conceptions.

Il se passera longtemps avant que les autres Européens donnent aux Français le loisir de rédiger une constitution.

Ce n'est probablement pas une perte pour les Européens, et, indirectement, ce sera un bienfait pour les Français.

Après tout, les citoyens français, les contribuables français, les entrepreneurs français, les mères de famille françaises, les assujettis français aux régimes de sécurité sociale, sont les premières victimes de ces idées, de ce « modèle », de ces règlements envahissants et destructeurs. Et personne n'ose les remettre en cause dans notre malheureux Hexagone.

Mais avant que le bienfait indirect se manifeste et soit compris de nos compatriotes il s'écoulera hélas le temps d'un long détour.

La première urgence pour accélérer le cheminement de ce détour c'est d'exiger qu'on cesse de mentir, dans la classe politique et dans les médiats.

Cessez de mentir ? C'est possible !

Et, dans le lointain de la Catalogne française, près du centre du monde désigné par Salvador Dali pour la gare de Perpignan, on en a eu le témoignage émouvant. Je regrette qu'il soit à ce point passé inaperçu.

Avez-vous remarqué, depuis le début des incidents entre « communautés » de Perpignan, que les « gitans » n'étaient plus appelés pudiquement « gens du voyage » et que les « Maghrébins » n'étaient plus appelés des « jeunes ».

Les mots français peuvent ainsi réapparaître, du jour au lendemain, dans leur horrible nudité. Je ne peux donc pas résister à la tentation de mettre en annexe (5) le texte de la dépêche AFP où l'on voit même les porte-parole supposés de la « communauté maghrébine » tenir un discours « sécuritaire identitaire » que la loi française réprime dans la bouche des Français « de souche européenne » comme on disait dans l'Algérie des années 1958-1962.

Bon ! Direz-vous : cela ne suffira pas à redresser le pays, à supposer qu'un bien quelconque puisse naître de ces incidents. Je ne me félicite pas des affrontements entre « gitans » et « maghrébins » : je demande simplement que l'on commence par dire la vérité aux Français.

Et s'agissant de la principale préoccupation des Français, c’est-à-dire du chômage on commencera par la première vérité : on y est depuis bientôt 30 ans. MM. Giscard, Mitterrand, Chirac, Jospin ont cherché tour à tour à y répondre par des remèdes datant des années 1945-1975. Ces remèdes ont échoué. Ils ont tous aggravé la situation, en cherchant trop souvent à la camoufler par des mesures illusoires et ruineuses de « partage du travail » (retraite à 60 ans, préretraites, embauches fictives des « emplois jeunes », lois Aubry instituant les 35 heures, etc.) Ils ont conduit la France à un taux record de sous-emploi, et à une angoisse majeure.

Or, en fait, on répond au chômage par la libération du travail et de l'activité, certainement pas par les mesures classiques de ce qu'on appelle le « volontarisme », certainement pas par la réglementation, certainement pas par la subvention et certainement pas par la protection.

Quand on aura le courage de dire ces choses et de les expliquer aux Français s'ils ne les comprennent pas on pourra espérer un redressement du pays et son adaptation à l'évolution de l'Europe et du Monde. Pas avant.

Je me demande même si les Français réels ne sont pas plus nombreux qu'on le croit à les avoir comprises, plus nombreux en tout cas que les politiciens.

JG Malliarakis
©L'Insolent

(1) M. Dominique Reynié professeur à Sciences Po dans Les Échos du 30 mai.

(2) Publié le 28 mai par La Tribune de Genève. Ce sondage étant pratiquement confirmé par les quelques bribes d'études du 29 au soir, sorti des urnes.

(3) Encore plus parlant : les résultats réels donnent 66,5 % de Oui à Paris (80,5 % dans le 7e et 80,1 % dans le 16e arrondissement, le oui est majoritaire dans tous les arrondissements), 65,1 % dans les Hauts-de-Seine, 59,4 % dans les Yvelines contre 61,5 % de Non en Seine Saint Denis ! Les autres régions votant oui sont la Région Rhône Alpes, et 18 départements (Ouest et Est). À noter tout de même que le Val de Marne dirigé par les communistes depuis 1976 donne 50 % contre 50 %.

(4) En dehors, peut-être, de la réalité des caisses noires dans certains groupes de la distribution et des travaux publics.

(5) Document : Dépêche AFP du 28 mai à 16 h 54

Marche à Perpignan en hommage au jeune maghrébin battu à mort par des gitans

PERPIGNAN Près de 3 500 personnes selon la police ont pris part samedi à Perpignan, dans une ambiance tendue mais sans incident, à une marche en hommage à Mohamed Bey-Bachir, un jeune maghrébin battu à mort par un groupe de gitans dimanche dans le quartier Saint-Jacques.
À l'issue du défilé, qui s'est déroulé à un rythme rapide et au son de slogans parfois hostiles à Jean-Paul Alduy, le maire UMP de la ville, une délégation, composée de membres de la famille de la victime et du collectif organisateur de la marche, a été reçue à la préfecture.
Tout au long du parcours, le service d'ordre a veillé, parfois dans la difficulté, à contenir les manifestants et éviter les incidents, malgré la tension palpable.
Avant la marche, initialement prévue pour être silencieuse, une prière a été prononcée pour calmer les quelques personnes énervées et des « Allah Akbar » ont fusé.
Les membres de la famille de Mohamed Bey-Bachir, parmi lesquels son frère Hamed et deux sœurs, ont déposé une plaque devant le café de la rue Llucia, où le jeune homme a été roué de coups dimanche par un groupe de gitans alors que « beaucoup de gens étaient présents », a déclaré Hamed Bey-Bachir.
Celui-ci a indiqué que la famille du jeune homme âgé de 28 ans avait été reçue par le procureur de la République. « Il faut dire la vérité pour aider la justice à faire son travail. Il est possible de témoigner », a-t-il insisté.
L'une des sœurs de la victime a pour sa part stigmatisé les témoins du lynchage. « Les lâches, ce sont eux, qui étaient là et qui ne l'ont pas défendu ».
En tête du cortège, le portrait du jeune homme était brandi et des banderoles « Plus jamais ça ! », « Non à la violence » ou « Égalité, sécurité, fraternité » déployées.
Une autre banderole en drap blanc évoquait les conditions du drame : « Si on te vole ton poste, souris. Si on te prends ta place de parking, souris... avant de perdre ta vie ».
Après la marche qui a duré plus d'une demi-heure, une délégation devait présenter une motion au préfet Thierry Lataste, en présence de M. Alduy, à propos duquel des manifestants ont scandé « Alduy, c'est fini ! », notamment au passage du Castillet, haut-lieu de la cité catalane.
Selon le responsable du collectif mis en place en soutien aux proches, la motion devait réclamer la libération de tous ceux qui ont été arrêtés depuis le drame.
Vendredi, le tribunal de Perpignan a prononcé des peines d'emprisonnement ferme allant jusqu'à six mois contre cinq manifestants maghrébins et un jeune gitan pris un fusil chargé à la main, après des heurts intervenus dans le quartier Saint-Jacques, où a régné la tension depuis le drame.
« Nous sommes solidaires avec eux parce qu'ils étaient en colère», a affirmé Mohammed Moulay, responsable du comité organisateur de la marche.
Voulant apaiser l'ardeur de certains participants, le frère de Mohamed Bey-Bachir a tenu à situer le débat sur le terrain politique.
« Il paraît que les gitans sont armés, nous le serons à l'avenir... avec la carte électorale», a déclaré Hamed Bey-Bachir, tandis que sa sœur avertissait : «Aujourd'hui, c'est mon petit frère, mais si vous ne faites rien, demain ce seront vos enfants».
© AFP.

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