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BULLETIN EN TOUTE LIBERTÉ

MERCREDI 1er JUIN 2005

RIDICULE ?

Il y a donc quelque chose de plus ridicule que Villepin !

Nous n'avons pas appris grand-chose de la nouvelle intervention du chef de l'État. Ou plutôt nous avons seulement redécouvert qu'il n'avait lui-même rien retenu des leçons de son échec personnel (1).

Rien de neuf dans son discours. Faut-il même évoquer la « relance par les grands travaux » ? Même M. Jean-Marc Sylvestre, oubliant toute brosse à reluire de fonction, en a souligné le caractère dérisoire, déficitaire et dangereux dans sa chronique économique sur France Inter de ce 1er juin.

De neuf, nous avons appris, par France Presse, que le nouveau premier ministre M. de Villepin est « un remarquable peintre, figuratif et abstrait, un sportif accompli, marathonien et tennisman », qu'il parle « anglais, italien et espagnol. » Et ceci représente, nous assure la centrale d'informations monopoliste de l'État français « autant d'atouts auprès de ses homologues européens. »

Rarement autant de niaiseries auront été décernées en direction d'un vizir de la république.

Et rarement on aura assisté à une relève de la garde aussi ridicule.

Au moins, il y a cent ans, les républicains-socialistes alternaient avec les radicaux-socialistes.

Il y a encore 20 ans, les Français avaient l'impression d'appartenir à l'Europe occidentale et de pouvoir choisir, librement, dignement, entre les sociaux-démocrates et les démocrates-sociaux.

Aujourd'hui le restaurant « à l'Enseigne de l'Élysée et à l'ambassade de Corrèze réunies » abat son jeu, et révèle sa nouvelle carte : les Français n'auront plus que le choix entre les chiraquiens et chiraquiens. Ce n'est pas encore le parti unique, c'est déjà le plat unique.

M. Chirac appelle cela « rassembler ». La caque sent toujours le hareng : on ne s'étonnera donc pas de retrouver ce mot. Il est caractéristique du vocabulaire de la Ve république. L'expression remonte même à la préhistoire des institutions de 1958, c'est-à-dire au discours de Bayeux. Dans cette rhétorique, le seul reproche fait, — oh ! : bien gentiment, — au parti communiste, ce n'est pas son idéologie, ce n'est pas la dialectique marxiste, et ce n'est pas l'oppression stalinienne, c'est le caractère « séparatiste ».

« Séparatiste » : par rapport au « rassemblement » !

Pourquoi Maurice Thorez autrefois a-t-il quitté le gouvernement en 1947, c'est-à-dire bien après le départ du général ? Parce qu'il était «séparatiste»…

Pourquoi ses continuateurs d'aujourd'hui, les Nikonoff et les Bové, les Hue et les Buffet, mais aussi désormais les anciens krivineux comme Weber (pardon : le sénateur Weber) maître à penser de Laurent Fabius, ou toutes les petites canailles lambertistes abritées par l'anonymat du Grand Orient de France, ne sont-ils pas avec Chirac ? Pourquoi ne siègent-ils pas officiellement dans le gouvernement Chirac ? Une erreur ou un oubli ? Non, ce sont des «séparatistes»…

Ils ne comprennent pas le grand dessein « rassembleur » du socialisme chiraquien, sauveur du « modèle » français, « garant » de la sécurité sociale. Voila sans doute ce que veut nous faire croire le discours du p. de la r.

En réalité les « séparatistes » savent parfaitement où ils veulent aller et où ils entendent conduire le pouvoir actuel, en attendant de le cueillir comme un fruit mûr. Et le gouvernement Chirac ira où on lui dira d'aller, il développera un discours antilibéral et antioccidental de caricature, il exaltera la puissance d'un État impotent, il flattera la souveraineté d'une nation désarmée, il invoquera la solidarité d'une société déliquescente. Le gouvernement Chirac préparera ainsi dialectiquement les voies du socialisme.

J'écris sans hésiter « gouvernement Chirac » tout simplement parce que le véritable premier ministre ce n'est pas ce ne sera jamais Villepin.

Faut-il s'attarder un instant sur le triomphateur du jour, l'homme de la balle dans le pied de 1997 ?

M. de Villepin a certainement beaucoup de talents. Nous ne lui connaissons cependant pas celui de sentir le suffrage universel. Au moins son prédécesseur, sans avoir jamais été porté par un grand enthousiasme démocratique, était parvenu à se faire élire sénateur. Lui, n'est même pas administrateur du Racing.

Allons, Villepin était simplement grotesque depuis le premier jour de son arrivée au Quai. Deviendra-t-il odieux ? Deviendra-t-il répressif, mesquin, paranoïaque, persécuteur ? À lui de répondre. Il a certainement assez de bon sens pour savoir qu'il n'est là qu'à titre transitoire, comme Couve de Murville le fut, entre juin 1968 et avril 1969.

Ce n'est donc pas à Villepin qu'il faut s'en prendre. Il était encore loisible, encore qu'injuste, de mettre sur le dos de Raffarin ce qui marchait mal, ce qui boitait, ce qui traînait du pied depuis mai 2002. C'était pure fiction, mais la gauche s'engouffrait sciemment, subtilement, dans cette attitude : Raffarin, à défaut d'être vraiment libéral, pouvait être soupçonné de n'être pas entièrement socialiste. Il apparaissait donc aux dires des médiats parisiens, pour un épouvantail « ultra-libéral », il représentait donc un moulin à vent crédible pour les Don Quichotte de « l'altermondialisme ». Avec la nouvelle formule gouvernementale cela ne sera possible ni sur le fond, ni sur la forme.

Il y a donc quelque chose de plus ridicule que Villepin en personne.

Et jusqu'ici personne n'y avait songé : ce qui est plus dérisoire que Villepin, c'est le fait de prendre Villepin comme fusible — car telle doit être dans le système constitutionnel putride et courtisan la Ve république, la fonction de celui qu'on appelle « chef du gouvernement ».

Avec un soutien comme Villepin on n'a, certes, pas besoin d'adversaires.

Les gens de gauche, les bretteurs du « non » socialiste, les glorieux du 29 mai, tous se dressent pour clamer l'odieux, le provocateur, l'insupportable dans l'arrivée « aux affaires » de M. de Villepin, déni (incontestable) du suffrage universel. Ils savent très bien, cependant, les limites de leur indignation feinte. En lui, ils ont leur meilleur allié. Les impatients s'agiteront peut-être : ils auraient tort d'aller trop dans une attitude d'insurgés virtuels. Ne doutons pas que les habiles sauront dire aux gauchistes « jusqu'où on peut aller trop loin ». Nul doute que, dans les arrières boutiques de la gauche, on se prépare à réparer les dégâts des dernières semaines, cependant que le « rassembleur » Chirac continuera de diviser son camp et d'en préparer méthodiquement la déroute.

Est-ce seulement ridicule ? Je ne sais.

Pour oser qualifier Chirac de traître, au moins faudrait-il avoir une seule fois entendu de sa bouche une adhésion véritable au camp dont il assure si constamment l'autodestruction.

Mes archives sont sûrement incomplètes : je serais donc heureux de pouvoir mettre à son crédit fût-ce une seule condamnation, vraie, franche et compréhensible, du caractère criminel, antidémocratique et antinational du Communisme en tant que tel.

En revanche ma mémoire demeure précise sur le point suivant : quand, en 1974, le parti gaulliste envisagea de prononcer l'exclusion du ministre de l'Intérieur de l'époque, un certain Chirac Jacques, une objection se fit jour au sein du comité chargé de cette besogne. Elle était formelle, mais elle était de taille : Chirac Jacques n'avait jamais adhéré au mouvement. On ne pouvait donc l'en exclure ! Un peu plus tard, Chirac Jacques deviendrait le chef du « rassemblement » à l'enseigne du « travaillisme à la française »(2).

Qui donc est ridicule : cet homme ? ses sbires ? ou les gens de droite qui mettent encore leur foi en lui ?

JG Malliarakis
©L'Insolent

(1) Rappelons, une fois encore, qu'au départ « le contrat » était « imperdable ». Or, en 5 mois, M. Chirac, centrant la campagne référendaire du « oui » autour de sa personne, est parvenu à passer d'un sondage initial de 65 % en faveur du « oui » à un résultat de 45 %.

(2) À époque du discours d'Égletons fondateur du « Rassemblement pour la République » le parti travailliste anglais n'était pas encore le New Labour de Tony Blair. C'était, depuis 1945 et la défaite (électorale) de Churchill, l'agent méthodique d'un effrayant déclin de la Grande Bretagne, déclin auquel Margaret Thatcher mit fin, à partir de 1979, en balayant les travaillistes, écartés du pouvoir pendant 18 ans.

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