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COURRIER DES LIBERTÉS SOCIALES

VENDRE DI 29 JUIN 2001

PROGRÈS DES LIBERTÉS EN ANGLETERRE ET RECULS DES SERVICES PUBLICS FRANÇAIS

Contrairement à la plupart des commentateurs libéraux, il convient sans doute de mettre en garde contre l'adulation sans retenue qui serait portée à M. Tony Blair. Si sympathique que puisse paraître parfois le personnage, il ne faut pas oublier que nous avons affaire à un idéologue se voulant un rénovateur social démocrate proche de Bill Clinton. Les vrais mérites de l'avancée des libertés en Grande Bretagne demeurent, aujourd'hui encore, largement tributaires de l'œuvre accomplie, et plus encore de la vitesse acquise sous le gouvernement de Mme Thatcher.

En revanche, il est fort compréhensible, qu'à de nombreux égard, on soit en droit de tirer son chapeau à certains efforts du gouvernement Blair et qu'on soit tenté, hélas, de le comparer avantageusement aux discours et aux actes de la droite française.

Ce printemps, par exemple, nombre de papiers sont parus dans la presse française, sur le thème de la dégradation des services publics britanniques. Même le Figaro a cru pouvoir développer cet argument et verser par ce thème sa contribution à la campagne électorale anglaise. Le message subliminal, à l'usage de nos compatriotes mal informés, est à peine discret : voyez, notre bon vieil étatisme à la française a du bon…

On doit cependant souligner que si les hôpitaux anglais du National Health Service, ou même si l'héritage délabré de British Railways laissent aujourd'hui à désirer, ce n'est certainement pas la faute des privatisations entreprises dans les vingt dernières années en Grande Bretagne. C'est, au contraire, le produit misérable de 35 ans d'un étatisme qui fut flamboyant, et dont Mme Thatcher aura été le courageux syndic de faillite.

Avec 20 ans de retard, la France, elle, continue de s'enfoncer dans l'étatisme, et de s'y enfoncer de plus en plus. Très bientôt, les Français pourront en mesurer l'effet, par exemple, sur leur système de soins. Celui-ci est resté en grande partie privé, contrairement au NHS britannique géré — depuis sa création par Bevin — directement par l'administration productrice de soins. Ce qui permettait à la sécurité sociale, jusqu'en 1993, de faire illusion en France, c'est qu'elle assurait à des prestataires privés des financements publics.

À partir de 1993, la France s'est au contraire tournée vers deux évolutions :

1° Restriction de ces financements et déremboursements ;

2° Intervention grandissante de l'État dans le système de soins.

Sur le 2e  point, il est difficile de se prononcer vraiment sur le moment où cette intervention a changé la nature privative de la médecine. Il est probable que le passage au régime conventionnel, puis au régime conventionnel fictif (deux syndicats ultraminoritaires signent et la profession se trouve engagée) représente bien les étapes de cette étatisation. Tout syndicat médical signataire des conventions devrait ainsi nous paraître plus que suspect.

Reste que le système de soins est loin de constituer l'unique paradigme du rapport d'une nation au service public.

La question fondamentale que l'on doit se poser est donc de savoir si les " services publics " sont tout simplement des services offerts au plus grand nombre où s'ils sont, par nature, des fonctions des attributs de la puissance publique.

Si nous observons les grandes vagues de nationalisations opérées en France, en 1936 (Front Populaire), 1945 (Programme du CNR, ordonnances signes), 1981 (Programme Commun) et 1995 (Plan Juppé), on doit observer que jamais le législateur, fût-il insurrectionnel, n'a cherché, en nationalisant par exemple les Chemins de fer ou les banques, à restaurer une quelconque fonction régalienne profanée par le profit.

Au contraire, dès le XIXe  siècle et l'instauration par Colbert du monopole des Postes Royales, le but manifeste du système monopoliste a toujours été de capter des bénéfices. L'Internationale comprend ainsi un couplet anti-Rothschild : " Hideux dans leur apothéose/ Les rois de la Mine et du Rail/ Ont-ils jamais fait autre chose/ Que dévaliser le travail "

Mais alors, si le rail et les charbonnages, hier sources de très gros profits privés, sont devenus des océans de pertes publiques, pourquoi ne pas les privatiser ? Quant à ceux qui dégagent encore en bénéfices, comme EDF ou France Télécom, il est vraiment urgent, pour sauver ces outils nationaux, de les mettre dans les conditions de la compétition économique.

Là où Tony Blair nous apporte une leçon, c'est qu'au lendemain de sa victoire électorale, il s'attelle désormais, à ceux ces services publics britanniques habituellement considérés comme des puits sans fonds, des tonneaux des danaïdes, de vieux désastres, les hôpitaux publics, les écoles, etc.

Or, résolument, pour sauver le service rendu au public, il déclare envisager de faire appel au secteur privé. La France pourrait prendre cet exemple pour remettre, elle aussi, ses plus lourds services publics sur la bonne voie, celle du service rendu au public.

Ce serait chirurgicalement nécessaire pour l'administration impossible à réformer dans sa globalité, le fameux " mammouth à dégraisser " de l'Éducation Nationale. Plus d'un million des fonctionnaires de l'enseignement, cela constitue la plus lourde de toutes les structures du monde… Depuis la Loi Debré de 1959, l'État n'a pas cessé de chercher à étendre son emprise, et notamment à encadrer, rétribuer, former, contrôler, etc. ce qu'il considère comme un simple sous-traitant de 16 % du marché éducatif, — et de bien le cantonner à cette part de marché de 16 % — les écoles aussi nominalement " libres " qu'elles sont vaguement diocésaines.

Cet exemple, comme celui des hôpitaux publics, nous permet de mesurer l'ampleur du désastre, le recul année après année de la qualité du service public étatisé, en France comme en Angleterre ou en Italie, etc.

Reste alors à revenir à une démarche empirique et c'est celle qu'annonce le nouveau gouvernement Blair : quand le système public ne marche pas il n'y a pas d'autre solution que de recourir aux prestations du secteur privé.

L'esprit français est-il tellement prisonnier de schémas d'un autre temps qu'il soit à ce point incapable de le comprendre ?

JG Malliarakis
©L'Insolent
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