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COURRIER DES LIBERTÉS SOCIALES

JEUDI 13 NOVEMBRE 2003

VELLÉITÉ D’INTERDICTION DES SIGNES RELIGIEUX À L’ÉCOLE

L'initiative du projet vient de M. Juppé qui jusqu’ici s’est toujours trompé

Tel un petit animal, et afin de bien marquer son territoire, la république laïque et obligatoire, une et indivisible, semble donc s’apprêter à légiférer de manière autoritaire pour interdire les signes religieux dans les écoles publiques.

Ainsi, les derniers restes d’aumônerie, de chapelle, peut-être même les reproductions d’œuvres d’art antérieures au XVIIIe siècle peuvent s’attendre à voir se restreindre un peu plus les représentations sous forme de croix.

En échange de quoi, on espère en haut lieu que les petites mesdemoiselles issues de l’immigration maghrébine ou turque cesseront ou bien de venir en classe ornées d’un foulard cachant leurs cheveux ou bien tout simplement de cesser de fréquenter les lycées d’État.

En échange de quoi le nombre de ces foulards, de ces petites jeunes filles ou de ces douairières habillées à l’orientale, sera de plus en plus massif dans les rues de nos grandes villes. L’accord qui s'est dessiné, en commission parlementaire, entre socialistes et chiraquiens autour de cette législation en projet n’établira pas de code vestimentaire.

Un tel code existe de manière uniforme en Turquie, depuis le kémalisme. Mais Kémal Pacha devenu "Ataturk" n'a fait sur ce point comme sur tant d'autres que systématiser et réformer ce qui existait déjà dans l’Empire ottoman. Le plus laïciste des réformateurs de l'islam, en matière vestimentaire notamment, a d'ailleurs été son voisin et contemporain, le révolutionnaire persan Reza Khan devenu Reza Shah Pahlevi en 1925. Le résultat des réformes autoritaires de sa courte dynastie s'est mesuré en 1979. Quant au kémalisme en Turquie, avec quelques années de retard sur l'Iran (1) on commence à observer en termes électoraux son caractère superficiel.

Il est largement prévisible par conséquent que la répression des signes religieux, tout en rognant les vestiges de nos traditions européennes et tout en empiétant sur les conceptions même qu’on formule habituellement en Europe s’agissant des libertés publiques (2) n’empêcherait aucunement le développement des convictions religieuses et des identités extra-européennes.

Au moins, chaque fois que nous croisons en France une personne affichant le signe de sa religion nous mesurons à qui nous avons à faire et il n’est pas établi que les plus dangereux pour notre société soient ceux qui s’affichent pour musulmans pieux. Étrangers ils sont, étrangers ils se disent, étrangers ils demeurent.

Ce qui nous choque dans l’islam s’établissant en France ce n’est pas une question vestimentaire.

C’est l’installation progressive d’un code social, qui fonctionne peut-être au Mali, en Anatolie ou dans l’Atlas, mais dont la cohabitation avec notre société demeure rédhibitoire.

La grande loi laïciste unanimiste en préparation mettra, peut-être, fin à l’absentéisme de certaines petites jeunes filles dans les cours de gymnastique mais elle ne s’attaquera :

Ne parlons même pas de la "condition de la femme", c’est une expression trop abstraite, s'agissant de rendre compte des réalités bien tangibles que subissent effectivement les femmes et les faibles dans l’ordre communautaire, se réclamant de l’islam d’un point de vue nominal, mais qui s’inscrit surtout dans l’importation chez nous d’un mode tribal, conséquence du regroupement familial de 1974.

Tant que nous n’aurons pas mis un terme à ce tribalisme, nous pourrons colorer nos discours, nos petits règlements, nos petites velléités, de relents laïcistes, ces relents et ce laïcisme ne fonctionneraient en fait que pour persécuter un peu plus l’identité des Européens.

La genèse de la législation en préparation n’est pas innocente.

Elle ne vient ni du groupe UMP de l’Assemblée nationale dont le président, M. Jacques Barrot, est assez notoirement contre. Elle ne vient pas de M. Sarkozy, Ministre de l’Intérieur, qui a toujours exprimé ses réserves.

Elle vient de M. Alain Juppé, qui jusqu’ici s’est toujours trompé. Elle a l’appui de M. Fillon. Elle est parvenue à rallier Mme Ségolène Royal qu’on a toujours vue, elle aussi, du mauvais côté.

Tout cela vient d’une Commission constituée le 4 juin sur les "signes" à l’école. Auparavant une réunion décisive de la Commission des affaires culturelles avait entendu (3) "outre les ministres Luc Ferry et Xavier Darcos" plusieurs personnes qualifiées de "grands témoins". Les personnes étaient exhaustivement (4) M. Alain Finkelkraut, Mme Petek Salom, M. Rémy Schwartz, M. Sekzig et M. Alain-Gérard Slama. Comme on le voit toutes les sensibilités républicaines étaient donc représentées.

À la suite de quoi, l’Assemblée nationale a voté le 27 mai pour créer cette commission et c’est enfin le 12 novembre que la mission d’information sur la question du port des signes religieux à l’école s’est achevée par ses conclusions bien prévisibles.

Je fais confiance à cette législation pour réprimer un peu plus la présence d’enfants chrétiens et juifs dans les écoles publiques financées par les impôts de tous les Français.

Et pour les mêmes raisons, on est en droit de demeurer très sceptique quant à l’efficacité à long terme, et à la légitimité, de cette interdiction programmée des signes religieux dans l’enceinte du sanctuaire laïc (5).

Jean-Gilles Malliarakis

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