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BULLETIN QUOTIDIEN EN TOUTE LIBERTÉ
MARDI 2 DÉCEMBRE 2003
LE MEILLEUR ALLIÉ DE G.W. BUSH ?

Le démagogue populiste de gauche Howard Dean a le vent en poupe
À en croire les médiats français, les manifestants de Londres ou les sondages dopinion aux Etats-Unis reflèteraient un immense mouvement dhostilité envers MM. Bush et Blair. Et ceci donnerait raison à ce président de la république et à ce ministre des Affaires étrangères que le monde nous envie.
Nos salles de rédaction se conforment à une pensée unique. On y perd de vue un paramètre non négligeable. LAmérique et lAngleterre sont des démocraties, où un personnage crédité de 18% au premier tour nest jamais élu. Et ceci tient à une raison essentielle : il ny a pas de second tour (1). Le gouvernement représente ainsi en général plus de 50% des votants.
Et, chose inouïe à Paris, à Londres comme à Washington, il existe une véritable opposition. Aujourdhui, par exemple, 26% des Américains déclareraient "avoir honte" que M. Bush soit leur président (2). 26% pas 51%.
Mais en France, quel est linstitut de sondage qui accepterait de poser aux Français la question : "Avez-vous honte ?" que votre président soit lancien maire de Paris ?
Cette opposition anti-Bush, très dure, prend notamment pour argument la stratégie adoptée par la Maison Blanche dans la lutte contre le terrorisme islamique. Un seul homme politique américain denvergure a osé, depuis le début de lopération contre lIrak, adopter radicalement cette ligne de critique. Il sagit du Dr Howard Dean, ancien gouvernement démocrate du Vermont. Et il est présentement en bonne voie pour obtenir linvestiture de son parti en vue du scrutin présidentiel du 8 novembre 2004. Beaucoup de choses peuvent évidemment changer dans les mois à venir mais on peut dès maintenant affirmer :
Que cette candidature semble actuellement plausible ;
Que cette hypothèse semble, dautre part, la plus favorable à celle dune réélection de M. Bush, dont il serait alors objectivement le meilleur allié sur la scène intérieure américaine.
Tout dabord, Howard Dean, qui se veut représentatif du "courant démocrate au sein du parti démocrate" est parvenu à constituer un très fort réseau de sympathie sur la toile. Son site (3) a, dans un premier temps, recueilli 500 000 signatures en ligne fin juillet. Et ce chiffre a été multiplié par 2 dans le courant du mois daoût. Howard Dean semble très bien placé en vue des primaires de lIowa (face à Gephardt), de la Caroline du Sud (face à John Edwards) et même de lOklahoma (face à Joe Libermann). On le crédite déjà de près de 40% pour les primaires décisives du New Hampshire contre 25% à son principal concurrent déclaré, John Kerry.
Dans son jeu, il y a deux atouts de taille : le soutien de deux énormes syndicats que sont
- la SEIU (Union Internationale des Employés des Services, 1,6 millions daffiliés, principale fédération de lAFL-CIO)
- et lAFSCME (Fédération américaine des salariés des États, Comtés et Municipalités, 1,4 millions dadhérents).
Ces deux poids lourds du syndicalisme se sont dès maintenant ralliés au projet de base du Dr Dean tendant à renforcer le caractère public du système Medicare, pourtant déjà très lourd pour léconomie américaine. On peut redouter aussi que la deuxième cible de sa campagne, qui consistera en une remise en cause de laccord NAFTA, (sigle français Alena Association de libre échange nord-américain), lui vaille la sympathie des bureaucraties syndicales de la grande industrie acquises au protectionnisme (4).
Au total, le Dr Dean a le vent en poupe. Et il ne faut pas imaginer que son opposition très ferme à la guerre dIrak en soit la seule cause.
En effet, cest un fort courant de populisme de gauche qui le porte. Lune des questions les plus cruciales de la vie politique américaine demeure le financement des campagnes électorales. Le président Bush a écarté pour lui-même tout financement public car la réglementation lui imposerait alors de limiter ses propres dépenses de propagande. On sait déjà quil aurait obtenu plus de 100 millions de $ de soutien privé. Howard Dean, de son côté, a osé relever le défi, ayant obtenu par sa seule présence militante en ligne 7,6 millions de $ de financement, ce qui lui a permis dannoncer le 8 novembre, à un an du scrutin, quil se passerait des fonds publics.
Ce genre détalage des modes pratiques de financement semblerait en France tout à fait incongru, incompréhensible, pour ne pas dire ahurissant à nimporte quel représentant de notre classe politique subventionnaire.
Aux Etats-Unis, au contraire, il dénote un sens aigu de linitiative individuelle et un tempérament bagarreur bien sympathique.
Ne nous y trompons pas cependant : tout cela fonctionne en loccurrence au service dune très mauvaise cause, celle du gauchisme américain. Sur toutes les questions sérieuses, cette fraction militante du parti démocrate est en accord avec les marxistes et les "altermondialistes", version new-look de la même mauvaise soupe.
Une victoire éventuelle de Dean dans la campagne dinvestiture serait, certes, moins catastrophique pour le monde que sa victoire improbable en novembre 2004.
Mais on ne doit pas sous-estimer leffet international de sa simple présence face à George W. Bush. Cela gonflerait les batteries de tous ses homologues dans le monde entier. Tous ceux qui veulent moins de liberté des échanges, plus de protection sociale étatique, et qui veulent aussi limpunité des terroristes internationaux bomberaient le torse.
Ce démagogue habile, avec sa bonne bouille bien sympa, remplacerait avantageusement la face lugubre de Che Guevara qui commence tout de même à faire un peu ringard sur ses vieux T-shirts, comme les moustaches de José Bové sur le marché hexagonal ont avantageusement remplacé celles dun Djougachvili défraîchi.
Il y a toujours eu en Amérique une défiance vis-à-vis de Washington comme il y a en France une rouspétance pour ne pas dire une détestation discrète de Paris. Et Dr Dean a pour lui de représenter le Vermont, comme José Bové bénéficie de létiquette Larzac. Lhabile équation dun Chirac a dailleurs toujours reposé sur sa double étiquette à la fois corrézienne et parisienne. Mais dans tous les pays du monde, la capitale lemporte habituellement sur la province.
Chirac l'emporterait sans doute face à un quelconque Bové. Cest le calcul pervers des chiraquiens pour le scrutin de 2007.
Un tel calcul se développe-t-il actuellement à Washington ?
Il est probable que la stratégie électorale de léquipe présidentielle repose plutôt positivement sur une reprise économique prévisible pour 2004 et déjà sensible à lautomne 2003. Lirakisation du pouvoir à Bagdad est promise à lhorizon du 30 mai 2004. Mais il est également raisonnable de penser quune gauchisation du ticket démocrate donnerait, négativement, un très sérieux coup de pouce à lopération réélection de George Walker Bush.
Nous ne savons rien des calculs électoralistes de Washington. Mais nous ne pouvons pas souhaiter une pareille résurgence impunie du gauchisme, qu'il soit américain ou français.
JG Malliarakis
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