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BULLETIN EN TOUTE LIBERTÉ

LUNDI 2 MAI 2005

MENACES ÉTATISTES

Une classe politique française totalement démonétisée se raccroche à l'idée d'une réglementation hexagonale plus pénalisante.

Ça commence comme une nouvelle de Marcel Aymé : à l'âge de 30 ans "sans que l'on sache pourquoi le nain du cirque Badaboum se mit à grandir".

À 30 jours du référendum sur l'Europe (1) la victoire du Non ne semble plus assurée.

La remontée du Oui dans les sondages ainsi annoncée le 30 avril, ne doit pas nous faire perdre de vue une dimension majeure de l'état de l'opinion française.
Sans s'attarder en effet à un rapport sondagier de 52-48, aussi fugace et approximatif que les précédents, on doit noter deux choses.

Elles sont durables et précises. Elles résultent de l'examen des sondages eux-mêmes, aussi bien des 23 qui annonçaient depuis la mi-mars la victoire du non que le 24e pronostiquant celle du oui :

1. La bataille entre le "oui" et le "non" se développe principalement à gauche.

2. Au sein de la gauche, seules les interventions de MM. Jospin et Delors, c'est-à-dire d'hommes politiques sortis du circuit, et non les campagnes des appareils officiels ont regonflé les batteries du "oui".

Certes, à 30 jours du référendum sur le traité constitutionnel européen, la balance des sondages reste donc, en fait, de toute manière incertaine.

Certes, des signes contradictoires apparaissent.

Mais une chose est désormais établie : l’opinion française, l’opinion de la société civile, l’opinion du peuple se montre de plus en plus réticente face aux messages délivrés par les bureaucraties dirigeantes, par nos prétendues « élites », malgré tous les efforts poussifs d’une soi-disant « pédagogie ».

Certes, M. Chirac n’est-il pas seul en cause.

On ne peut cependant pas perdre de vue le rôle central du personnage. Et si, comme il affirme le redouter, un vote négatif devait éventuellement interrompre le processus d’intégration européenne, le premier responsable du rejet, aussi bien du point de vue des 24 partenaires de la France que de la crise (possible) de nos propres institutions, ce serait, dans cette hypothèse, avant tout le chef de l’État.

Au lendemain de l’émission télévisée pathétique mise en scène par Claude Chirac – décidément, l’une des plus avérées nuisances de l’état-major présidentiel – une autre autorité intellectuelle de la Chiraquie, Mme Laurence Masurel de « Paris Match » avait annoncé ce qu’allait être « l’indispensable » réaction du chef de l’État. On l'a entendu en boucle sur France Info le 23 avril. Il allait « passer à la vitesse supérieure », « changer de braquet », etc. : Est-ce recommandé lorsqu’on « va dans le mur ».

Et, en effet, dans les derniers jours d’avril la propagande officielle a montré un avant-goût de ce dont elle est capable.

Après une intervention le 24 avril, stupide et déplacée selon son habitude, le lévrier présidentiel Villepin est, certes, rentré officiellement dans le rang le lendemain. Mais le mal était fait.

Ses propos, « surinterprétant » ceux du chef Chirac, ont, en réalité, confirmé les véritables intentions du « Chi ».

Avant, et surtout après le référendum, il nous est promis plus de « volontarisme », ce qui veut dire, quel que soit le résultat du vote effectif, plus d’intervention étatique, plus de réglementation, plus de bureaucratie, et, au total, bien évidemment, plus de lourdeur dans la compétition internationale, plus de handicap pour le pays.

La France est affectée par l’un des taux de chômage les plus élevés de son histoire. Le chiffre officiel vient de grimper à 10,2 %.

Qu’à cela ne tienne : le « volontarisme » est là. Bernard Tapie le proposait il y a quelque 15 ans. On va « interdire » le chômage, on va l’interdire de façon plus accentuée, ce qui aura pour effet de dissuader un peu plus l’embauche, etc. Quand Villepin et Chirac s’en mêlent, Ferdinand Lop n’est jamais loin et le boulevard Saint-Michel s’allonge vers la mer pour la plus grande joie des électeurs de M. Delanoë. Les lecteurs me pardonneront, je l’espère, cette allusion savante à une politologie relevant de la paléontologie. Autrefois – de mon temps – il était bien connu que M. Ferdinand Lop, célèbre hurluberlu et candidat éternel à toutes sortes d’élections avait fait cette promesse électorale typiquement « ridicule-socialiste » de prolonger le boulevard Saint-Michel jusque de prolonger le boulevard Saint-Michel jusqu’à la mer…

Autrefois, on riait de M. Lop. Aujourd’hui, on ne rit plus : on a M. Chirac.

Et le « Chi » a donc, à partir de la fin de semaine des 23 et 24 avril, recentré sa campagne en vue du référendum. On l’avait trop vu, on avait trop associé la constitution européenne à sa personne hexagonale. On va donc le voir encore plus. Les adversaires du Traité, pour ne pas dire : les ennemis traditionnels de l’idée européenne, ont peur du libre-échange. On va donc leur vendre une conception protectionniste de l’Europe. Et tant pis pour ceux qui souhaitent précisément une Europe des Libertés. On a fabriqué une peur artificielle autour de la directive dite Bolkestein. On va maintenant légitimer cette frayeur en prétendant mensongèrement ce 27 avril « cette directive n’existe plus ». Cette contre-vérité, bien repérable, renforcera un peu plus le sentiment de malaise. Le contresens est total. La sottise est abyssale et la fracture s’agrandit.

Bien entendu, l’offensive étatiste généralisée développera ses effets déplorables indépendamment du résultat du 29 mai.

Pile : le résultat est favorable au « oui ». On prétendra alors bâtir en fonction des promesses électorales de Chirac.

Face : le résultat est « non », il ne sera tenu aucun compte bien sûr, des non de droite, de nuance libérale (pardon : « ultra-libérale ») ou de nuance nationale (pardon : « ultra-nationaliste »). On nous assènera un programme socialo-communiste où le « Chi » fera concurrence, sinon à l’oncle « Ho » — car M. Hollande se retrouvera probablement hors coure, en cas de victoire du non, — du moins à MM. Emmanuelli, l’homme nouveau, à Besancenot, à Gluckstein, à Bové et à Mmes Laguiller et Buffet. Le cauchemar semble inextricable.

Même Ernest-Antoine Seillière, autrefois mieux inspiré, a cru bon de noircir un peu plus encore ce tableau pourtant suffisamment sombre. « Si le non l’emporte, déplore-t-il, c’est la victoire de l’ultralibéralisme, c’est la fin du modèle social européen ». Ah ! Si c’était vrai.

Soudain, l’opinion entre en transe, ou du moins les médiats font de l’auto-allumage, sur le thème : l’immense Chine menace à elle seule 7 000 emplois dans l’industrie textile française. Nos délicats journalistes restent évidemment totalement indifférents quand la Chine communiste prétend faire pression sur Taïwan. M. Chirac et Mme Alliot-Marie trouvent le moment propice pour lever l’embargo sur les ventes d’armes décidé en 1989 pour protester contre la répression place Tian An-men. Ils demeurent de marbre s’agissant des libertés religieuses. Diable ! La France est laïque et entend le rester. Ils ricanent quand on parle de démocratie : quand on est « la patrie des Droits de l’Homme » on se garde bien d'en divulguer la précieuse recettes. Les vilains Étrangers peuvent bien clabauder ainsi dans le « sang impur » dont ils n’abreuvent plus nos sillons…

Et qui monte au créneau du protectionnisme anti-chinois ? Guillaume Sarkozy, président des industries textiles.

Sur France Info le 27 avril, M. Thierry Breton a tout de même rappelé un certain nombre de vérités. En fait, le commerce euro-chinois est essentiellement favorable à l’Europe, qui vend cher et achète bon marché, tout en parvenant globalement à dégager certains excédents. Et, d’autre part, le point est capital et jamais évoqué, une partie non négligeable de fabrication chinoise relève de la sous-traitance.

Hélas, si brillant soit-il M. Breton recourt lui-même à des concepts périmés comme celui de « dumping ». « On va vérifier » si sur 9 produits chinois les prix ne sont pas « artificiellement bas ». Autrement dit : un comité de bureaucrates va se demander si la concurrence est « loyale ». Le résultat sera bien intéressant. Merci tout de même d’avoir osé rappeler que les délocalisations sont plutôt bénéfiques.

Ces lignes peuvent apparaître pessimistes : elles le sont. Jusqu'ici, en quelque 50 ans, on avait au moins construit « l’Europe des marchands ». Elle était méprisée par les admirateurs du Kriegspiel et de la Raison d’État, d’où étaient sorties la guerre de Trente Ans, les révolutions jacobines et totalitaires, les guerres napoléoniennes, la guerre de 1914. Un programme beaucoup plus romantique !

On feint de nous vanter certes aujourd'hui l'hypothèse d’une « Europe puissance ». Mais le poids des interventions étatiques la rend totalement impuissante pour dire le vrai.

J’avoue sans honte préférer un autre scénario.

J’avoue sans honte souhaiter une Europe des Libertés attachée à ses vrais héritages et respectueuse des patrimoines nationaux, allant au-delà du médiocre catalogue ânonné par la Charte des droits fondamentaux (2), une Europe où le débat entre le « oui » du technocrate Chirac et le « non » du bureaucrate Emmanuelli ne soit plus qu’un mauvais souvenir.

Qui nous réveillera de cette fausse alternative de cauchemar ?

Sûrement pas l'actuelle classe politique hexagonale.

JG Malliarakis
©L'Insolent

(1) Pour la troisième fois on consulte ainsi les Français par voie référendaire sur un sujet dont on les tient en général très peu informés. Les deux précédents référendums avaient été jugés comme des erreurs. Le recours à la voie référendaire était alors explicable tant en 1971 (adhésion de la Grande Bretagne) qu'en 1992 (traité de Maastricht) par des raisons de politique intérieure.

(2) Adoptée à titre déclaratoire depuis le traité de Nice de décembre 2000 (signé en février 2001), sous présidence française, cette Charte est actuellement référencée par la Cour de Justice.

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