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BULLETIN EN TOUTE LIBERTÉ
MERCREDI 11 MAI 2005
AUX PREMIERS JOURS DE BENOÎT XVI
Il y a urgence et on doit souhaiter que le pontificat de Benoît XVI contribue à réveiller rapidement la conscience européenne.…
(ci-dessus M. Bardakoglu directeur religieux de l'État "laïc" turc. Il trouve que l'Europe "ne connaît pas assez l'islam".)
Une étrange polémique autour de la censure par le CSA d'une émission misérable sur Canal + nous donne dès maintenant la mesure du niveau de mauvaise foi des médiats s'agissant de la religion chrétienne. Aucune autre n'est attaquée avec autant de virulence en Europe même, dans des pays, comme la France, dont elle a pourtant forgé l'identité.
Sur la question de la censure du CSA nous sommes totalement consternés de voir même se poser la question : non, aucune "sanction" ne peut être prise légitimement par ce comité Théodule. La seule sanction logique est celle des téléspectateurs qui doivent cesser de s'intéresser à une chaîne et à des émissions aussi stupides et vulgaires (1).
L’élection de Joseph Ratzinger a, d'ores et déjà, donné lieu à l’inévitable assaut des commentaires les plus sots et les plus niais. Les mêmes médiats habitués à dire n’importe quoi sur le sujet, habitués à dénigrer « la » religion, à mettre sur le même pied « toutes les religions », sans en connaître une seule, se sont mis à parler à tort et à travers à propos du Pontificat à peine commençant de Benoît XVI.
Je dois d’abord en convenir : je n’ai pas lu les 40 livres écrits par le cardinal Ratzinger. Je ne saurais donc prétendre connaître toutes les idées du nouveau Pape. J'en ai simplement repéré quelques-unes.
Première évidence : ce Pontificat s'inscrit dans une continuité. Très peu de chose a encore eu le temps de changer. On a commémoré le 2 mai, le 30e jour de la naissance au Ciel du grand pape Jean-Paul II. À 7 h 30, Benoît XVI a dit en cette occasion une messe en la Chapelle Sixtine. À 19 heures, un moment de prière a été consacré au recueillement privé sur la tombe de son prédécesseur. Dans la journée il a reçu des cardinaux venus de toutes les parties du monde.
La fonction même du Pape est essentiellement religieuse. Elle est, d'autre part, tournée vers l’Universel. Il est donc absolument dérisoire, pour ne pas dire insultant, de chercher à la réduire systématiquement à son impact politique et social.
Or, c’est à cette profanation du Sacré que se livrent quotidiennement les journaux.
Ceux qui se sont employés, pendant tout le mois de mars, à mettre sur le même plan le Vatican et la Principauté de Monaco ne peuvent dire que des âneries.
Bien entendu, on s’apprête à juger Benoît XVI sur la base des préjugés attachés à son ancienne fonction à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
On fait semblant de s'attacher à divers faux-semblants. Les mêmes, qui ont largement vidé de son contenu le mariage chez les laïcs, veulent à tout prix, par exemple, l'imposer aux prêtres de l'occident (2).
Mais en fait ce sont des questions politiques à propos desquelles les faiseurs d'opinions se consolent difficilement de l'élection d'un Pape catholique, et ne le rateront pas.
En particulier on ne lui pardonne pas deux choses.
La première aura été, sous sa conduite, l’élimination de toutes références à la prétendue « Théologie de la Libération ». Plus de 500 adeptes de cette doctrine, d’obédience communiste, ont été désavoués, sanctionnés, remis à leur place. On se souvient de l’époque où plusieurs prêtres catholiques, exactement quatre, le père Ernesto Cardenal (ministre de la Culture), le père Miguel d’Escoto (ministre des Affaires étrangères), le père Fernando Cardenal (ministre de l’Éducation) et le père Edgar Parrales (ministre des Affaires sociales) avaient participé au gouvernement marxiste « sandiniste » au Nicaragua. Ils furent publiquement désavoués, de manière spectaculaire lors de la visite pontificale à Managua en 1983.
Puis en 1985, Léonardo Boff, principal théoricien de cette aberrante collaboration catho-communiste fut réduit officiellement au silence. C’était il y a 20 ans et on venait tout juste de transférer les fonctions de l’ex-Saint-Office à un jeune prince de l’église bavarois, Joseph Ratzinger nommé en 1981 à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
Autre prise de position, plus discrète : à la même époque, le nouveau Code de Droit canon avait supprimé les mentions explicites de l’excommunication de tous les francs-maçons, indépendamment de la nature de leur obédience. Or il revint au Cardinal Ratzinger de rappeler que sur ce point, malgré les apparences, la doctrine romaine n’avait pas changé. Dans ses nouvelles fonctions il appartiendra au nouveau Pape de gérer cette ambiguïté.
La question du rapport du christianisme en général avec les autres religions, — avec les autres formes de spiritualité, avec les phénomènes sectaires qui pullulent en Amérique latine, — va se révéler centrale. Elle touchera à l'identité même de l'Europe et de l'occident.
La réponse à cette question supposera une réorientation et une redéfinition d’abord du mouvement d’unité des chrétiens couramment appelé « œcuménisme », et trop systématiquement confondu avec le « dialogue interreligieux ».
La complexité du problème posé ne peut pas se réduire à quelques lignes et l’Encyclique Ut Unum sint de 1995 (3) en fixe aujourd’hui le cadre. Or, ce texte entend théoriser l’existence des Deux Poumons, l’Occident et l’Orient, nécessaires à l'équilibre du christianisme. Il est cependant très difficile d’en cerner les points d’application pratiques. Et cette question, plus ou moins figée sous Jean-Paul II (4) a vocation à évoluer sous son successeur. Il y a certes dans le monde environ 1,1 milliard de catholiques, mais à peine 300 millions sur le continent européen, principal lieu de division (4) et de déchirement entre chrétiens. Et cette division recoupe aussi des réalités culturelles, géopolitiques et économiques. Sans doute peut-on penser, et même espérer [c’est en tout cas mon sentiment…], une orientation romaine plus « favorable aux orthodoxes ». Mais que recouvrira cette excellente intention ? À quoi aboutira-t-elle dans la pratique ? Je pose cette question, sinon en toute ingénuité, du moins de la manière la plus sincère : oui, avec quelle orthodoxie souhaite-t-on, à Rome, dialoguer ?…
Plus complexes encore, et subtiles, seront les relations avec « les protestants ». Moins spectaculaires, ou moins médiatisées aujourd'hui en France, les fractures historiques et culturelles entre l'Europe du nord majoritairement protestantes et l'Europe du sud majoritairement catholiques, entraînent encore de nos jours des conséquences durables et profondes. Lors du synode l'Église réformée de France à Aix le 7 mai, les calvinistes français ont reçu un message particulièrement bienveillant. L'archevêque d'Aix-en-Provence, Mgr Feidt, a lu un message du nouveau pape Benoît XVI saluant "cordialement tous les participants de l'Église réformée de France, les assurant de sa prière". Mais on doit savoir aussi que tout l'effort doctrinal des dernières années a tendu à rétablir la distance entre conceptions liturgiques romaines et les influences calvinistes sensibles dans la réforme liturgique de l'après Vatican II.
Dans toutes les démarches unitaires, le dialogue est plus délicat qu’on ne le croit souvent et on blesse parfois gravement des interlocuteurs avec lesquels on souhaite se rapprocher.
Or, le temps presse.
La question de l’islamisme s’impose à la conscience de tous et la réponse « laïciste » se révèle particulièrement inappropriée et maladroite. Prétendant mettre sur le même pied « intégrisme islamique » et « intégrisme catholique » – mots piégés, faux concepts – la législation laïciste « à la française » produit la plus sotte et la plus dangereuse des réglementations.
Pendant ce temps-là, le Directeur turc des Affaires religieuses le bureaucrate Bardakoglu lance en Europe une opération de charme sur le thème : « Vous ne connaissez pas l’islam » (5).
En fait, nous serions tenté de dire de l'Islam, que nous ne le connaissons que trop !
En revanche nous oublions non seulement nos racines européennes mais également ce qui, au-delà du simple recours à l’identité, fonde nos comportements. Si nous rejetons un certain nombre de pratiques sociales de l’islam c’est que les références communes de l’Occident les écartent sur une base chrétienne. Il est remarquable de voir avec quelle constance d’ailleurs les adversaires radicaux des sources chrétiennes de l'Europe apprécient ce qu’ils considèrent comme la « force identitaire de l’islam » et applaudissent à ses initiatives les plus anti-occidentales.
Il y a donc urgence et on doit souhaiter que le pontificat de Benoît XVI contribue, sur ce point, à réveiller la conscience européenne.
Et que cela se fasse rapidement.
JG Malliarakis
©L'Insolent
(1) On me dit que je développe ici un argumentaire trop libéral. Je le maintiens. Sans avoir beaucoup d'indulgence moi-même pour la Chiraquie, j'ai définitivement cessé il y a plusieurs années de regarder les Guignols de l'Info (qui, jusque-là, je l'avoue, m'amusaient) le jour où nous avons eu droit à un numéro d'une très grande bassesse prétendant caricaturer Mme Chirac et ses sacs à main.
(2) Ceux de l'Orient chrétien sont mariés et n'en sont pas moins prêtres. Sur cette question c'est aux églises et non aux médiats d'en décider.
(3) Le texte est consultable sur le site du Vatican.
(4) Cette question n'est évidemment pas "neutre" du point de vue politique. Rappelons au besoin que la tentative d'assassinat du 13 mai 1981, perpétrée par Mehmet Ali Agca et imputée au KGB (on ne prête qu'aux riches) fut entreprise le jour même où Jean-Paul II s'apprêtait à faire une grande avancée en direction de l'Orthodoxie. À lire aussi l'excellent Volkoff "l'Hôte du Pape" (334 pages, Rocher, 2004).
(5) Il est cocasse de voir un homme exerçant une fonction aussi contraire à la tradition islamique lancer une telle campagne. La Turquie kémaliste, que nous qualifions si légèrement de laïque, a institué la "Diyanet", direction étatique des Affaires religieuses, reprenant et renforçant en fait une tradition (contraire à l'Islam) de l'État ottoman remontant au XVIe siècle, celle d'un cheikh-ül-islam, nommé par la Sublime Porte. M. Bardakoglu connaît-il lui-même sa propre religion ?
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