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BULLETIN EN TOUTE LIBERTÉ
Samedi 14 MAI 2005
Le 16 mai : FAIRE la grÈve ?
Si le sigle STO devait être réinventé pour les besoins de la cause de ce Service du Travail Obligatoire, il y aura de plus en plus de réfractaires…
Au moment où j’écris, personnellement, subjectivement, librement, ces lignes une intéressante rumeur se propage sous forme de sondages. 68 % des Français seraient « contre » la journée nationale de solidarité imaginée, rêvée, décrétée par un gouvernement sans imagination, sans rêve, et, constatons-le sans force pour faire passer son caprice de vaseux communicants.
68 % : vu à la télé, entendu dans un café (1), autant dire officiel.
68 % c’est un résultat référendaire dans la figure de la classe politique. C'est une réponse autrement plus claire que tous les sondages en vue du 29 mai, de sa question incompréhensible, de son texte illisible et de son débat brouillé, où tous les arguments, compliqués, s’entrechoquent, s’annulent, se contredisent.
Au référendum de fait, celui du lundi de Pentecôte, c'est beaucoup plus simple. Et il est assez facile de répondre par oui ou par non.
Je m’y emploie donc en dé-multipliant ma réponse par 3.
1° Du strict point de vue sur lequel le gouvernement prétend se situer, disons donc bien nettement que l’idée de créer une Branche dépendance, gérée par une Caisse d’État de la protection sociale, est totalement irrecevable et inappropriée. Dès le départ la caisse est en déficit de 86 % : les 2 milliards qui seront extorqués aux entreprises couvrent à peine le 1/7e des dépenses étatiques que l’on prétend ainsi « financer » (2).
Pour rester dans la logique « chiraquienne », « villepinarde » et « raffarineuse » – j’oubliais, je suis injuste, l’irremplaçable Séguin (que deviendrait-on sans lui ?) et l’increvable Douste : cette logique peut être qualifiée non moins légitimement aussi de « séguinolante » et de « dousteuse » – il faudrait, d’emblée, supprimer également parmi les jours fériés : Noël, la Toussaint, le lundi de Pâques, le jeudi de l’Ascension et le 15 août. Je donne « évidemment » ces jours-là au hasard.
Refusant cet engrenage, je ne travaillerai pas cette année le 16 mai, lundi de Pentecôte dans le calendrier catholique romain.
2° Je le ferai d’autant plus, au nom des autres, tous les autres, qui ne sauraient suivre un « mot d’ordre de grève » que techniquement cela me sera facile.
Je travaille exclusivement à mon compte, ou plutôt en compte à demi avec le fisc français. Je n’appauvrirai que votre serviteur et, un peu, les caisses de l’État.Mais, les syndicats de fonctionnaires et de salariés donnent eux aussi des consignes dans ce sens.
De la sorte, juridiquement, à terme, si les syndicats s’emparent du mot d’ordre il y aura un vide intéressant à combler :
a) Les entreprises, certes, seront tenues de verser leurs cotisations égales à 0,3 % de la masse salariale annuelle ;
b) En revanche, elles ne pourront pas retenir sur le salaire de leurs employés la « valeur » de cette journée de travail, s’ils ne l’effectuent pas, puisque cette « valeur » est égale à zéro. Quel gendarme viendra requérir les réfractaires à ce nouveau Service de travail obligatoire (3) ?
Pour l’instant, nous n’en sommes pas là.
J’observe cependant ce titre du « Parisien » du 13 mai : « Les Français partent quand même ». Bravo. Toute action est le commencement d’une habitude.
3° Mais je ressens aussi, par rapport à mes concitoyens et co-contribuables une raison supplémentaire de « ne pas travailler ».
Outre le fait que mes travaux personnels sont difficiles à comptabiliser, je mettrai à profit ce « jour de grève » pour m’aligner en esprit sur le sens de ce jour calendaire « latin ».
Je m’explique.
Bien évidemment, ce n’est absolument pas par hasard que les raffarineux ont choisi, peut-être sur le conseil de Claude Chirac, ce jour-là, cette année-ci.
En 2005, en effet, sur les 4 ou 5 jours fériés habituels du mois de mai, les 2 jours « laïcs » (1er mai et 8 mai) « tombaient un dimanche ». Autrement dit, il restait à supprimer ou bien le « pont » de l’Ascension ou bien le lundi de Pentecôte, fêtes catholiques.
On veut à tout prix déchristianiser la société française. Voilà une bonne occasion de commémorer le centenaire de la Loi de Séparation de 1905, à défaut d'avoir évoqué dignement celui de l'Affaire des Fiches de 1904.
Le lundi de Pentecôte est la survivance de l'octave de Pentecôte, longue méditation sur le mystère de l'Église.
Or, la grande question pour l’Europe de demain, c’est, ce sera, non pas simplement le texte de sa « constitution », mais la référence à son « identité ». Indubitablement gommer les racines chrétiennes de l’Europe c’est en même temps préparer une Europe sans âme, sans identité, sans instinct de défense, sans le moindre recours à ce qu’André Malraux appelait « énergie intérieure » (4).
Bien entendu certains m’objecteront que le christianisme n’est pas une « religion identitaire ». Il est universel : « Allez et de toutes les nations faites des disciples » (Mathieu 28, 19). Et toute l’histoire du christianisme est précisément celle de multiples inculturations, dans des cultures différentes.
Une Europe chrétienne c’est donc aussi une Europe ayant un message de Liberté et de Responsabilité, partagé avec les autres cultures chrétiennes, à communiquer à tous les autres peuples – de manière pacifique.
On m’objectera une vision antagoniste. Elle présente la colonisation, et même les grandes découvertes, de manière absolument falsifiée. On veut rendre les chrétiens responsables des crimes commis par des États, des bureaucrates, des administrations, des marchands d’esclaves. Mais, pardon : le premier à condamner la condition des Indiens d’Amérique c’est Bartholomé de Las Cases, prêcheur dominicain au nom du Siracide où il est dit « Dieu n’agrée pas l’offrande de l’injuste ni le sacrifice tiré de la substance du pauvre ». Qui défend les Araucanes du Chili ou les Guaranis du Paraguay sinon les Pères jésuites ? Qui sont au contraire les esclavagistes d’Afrique ? Ceux du Nouveau Monde ? Qui vend les Noirs ? Qui les achète ? Pas les églises en tout cas. Oui, je consacrerai une journée à enrichir et à fortifier mes convictions et mes connaissances personnelles. Ne disposant pas ce jour-là de liturgie orthodoxe j'aurai de la sorte le bonheur de bénéficier de l'hospitalité spirituelle de mes amis catholiques.
Ce n’est pas de jeu : l’État espère nous abrutir et nous asservir un peu plus.
Je tricherai donc, en cherchant à me renforcer, à reconstituer ma force de travail. Je le ferai délibérément et joyeusement.
Je milite bel et bien pour rompre avec les règles de ce jeu absurde imposé par la bureaucratie régnante.
Je milite pour nous en affranchir.
La Machine gouvernementale s'est un peu plus ridiculisée et, si la chose est possible, elle s'est un peu plus encore déshonorée en mettant en place la 5e Branche de la sécurité sociale.
La Machine gouvernementale prétend culpabiliser les Français décidés à l'enrayer.
La Machine gouvernementale, dousteuse, séguinolante, raffarineuse, villepinarde et surtout chiraquienne, ose encore invoquer la solidarité.
Courage et confiance, tenons bon, n'ayons pas peur : la seule solidarité qui mérite ce nom ce n'est pas celle résultant d'une contrainte, c'est celle qui s'exerce dans la Liberté.
JG Malliarakis
©L'Insolent
(1) Et même qu'on a pu le lire dans Aujourd'hui Le Parisien (13 mai). Sondage CSA : «de source sûre »
(2) Le 2 mai on chiffrait à 12 milliards les dépenses de la Branche dépendance. Depuis une nouvelle direction de la nouvelle caisse a été mise en place. Le patron s'appelle M. Denis Piveteau. La CNSA disposera aussi d'un conseil d'administration pléthorique (donc strictement impuissant) de 48 membres. Une nouvelle estimation des dépenses vient de sortir pour l'année 2006 : on passe à 15 milliards d'euros (un bon 100 milliards de francs en quelque sorte). 13 milliards d'euros seront donc siphonnés sur l'usine à gaz d'autres prélèvements comme la CSG, et des cotisations reversées par les caisses vieillesse et maladie, etc. « Les affaires reprennent »
(3) On ne sait pas encore si le sigle STO sera réinventé pour les besoins de la cause. N'est-on pas moderne ? STO cela fait plus moderne que « corvée ». Si l'on en croit le sondage CSA du 13 mai les requis seraient plus nombreux (75 %) que les Français en général à s'opposer au dispositif et 55 % d'entre eux se préparent ne pas s'y résigner.
(4) Ce concept, lui aussi universel, est la traduction en français du concept chinois de Qi (le souffle). Il en eut la révélation au Japon cf. André Malraux et la cascade de Nachi par Tadao Takemoto, Julliard, 1989.
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