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Sceau personnel de JG Malliarakis

CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE

MERCREDI 18 JUIN 2003

L’HISTOIRE AU RISQUE DE L’ARBITRAIRE DE COUR

Est-elle vraiment angélique quand M. Chirac préfère qu’elle soit angélique?

Dans un arrêt diffusé à Paris ce 17 juin, la Cour de Cassation française a mis définitivement un terme aux poursuites contre le Général Paul Aussaresses pour crimes contre l’humanité. Et en droit français, confirmant des décisions prises par la Chambre d’instruction de la Cour d’appel de Paris, aussi bien en décembre 2000 qu’en avril 2002, cela ferme définitivement la porte à toute possibilité de le poursuivre de ce chef.

On ne peut sans doute que se féliciter de ce coup d’arrêt judiciaire en lui-même. Il se fonde notamment sur une Loi du 31 juillet 1968 qui avait amnistié tous les faits commis à l’occasion de la guerre d’Algérie, loi dont le contexte n’échappera à personne.

On peut cependant s’interroger quelque peu sur la prétention franco-française d’échapper à une logique dont nos dirigeants prétendent qu’elle s’oppose au monde entier et qu’elle justifie dans des circonstances arbitraires un droit d’ingérence, au nom duquel en 1999, par exemple, M. Chirac avait trouvé normal de bombarder Belgrade et de soutenir l’UCK albanaise dans le Kossovo.

Autres temps autres mœurs, dira-t-on. Quatre ans après le Kossovo, la police du même M. Chirac s’avise que les fameux Moudjahiddine du peuple iranien, réfugiés en France comme l’avait été jusqu’en 1979 l’ayatollah Khomeiny sont des terroristes comme certains le soupçonnaient avec quelque raison depuis plus de 20 ans. Vérité à Neauphte-le-Château, erreur à Anvers sur Oise. Il est vrai que depuis la chute de Bagad, les Etats-Unis et les Britanniques mettent la pression sur le gouvernement iranien et que les manifestations se multiplient à Téhéran. Il est donc temps pour M. Chirac de se souvenir d’une amitié intergouvernementale franco-persane bien oubliée depuis la fin du Shah d’Iran.

C’est un peu de ce très subtil arbitraire qu’on retrouve hélas dans la logique juridique dont se réclame la Cour de Cassation dans son arrêt favorable au malheureux, ou au très malencontreux très maladroit Général Aussaresses.

Son livre " Services Spéciaux Algérie 1955-1957 " publié en 2001 lui avait valu, outre un énorme scandale, une condamnation à 7 500 euros d’amende pour apologie de la torture, infligée – l’amende pas la torture – par la Cour d’appel de Paris le 25 avril.

Croyant bien faire, les parties civiles habituelles, le MRAP et la Fédération Internationale des Droits de l’Homme qui, comme leur nom ne l’indique pas émanent du parti communiste français, avaient déposé tout simplement des plaintes pour crimes contre l’humanité.

De tels crimes, depuis une loi française du 26 décembre 1964, ne se prescrivent pas. Par nature abominable ils ne se pardonnent aucunement et on aurait pu imaginer, compte tenu d’un certain nombre de démarches auxquelles la France officielle fait profession d’applaudir qu’ils ne sauraient rencontre l’indulgence d’aucun tribunal, indépendamment de la loi d’amnistie franco-française de 1968 qui n’a plus de raison d’être toujours dans la logique antifasciste que l’amnistie chilienne ou la réconciliation espagnole.

Or, précisément, cette même logique antifasciste vient d’être réaffirmée dans tout son éclat par l’arrêt de la Cour de Cassation du 17 juin qui considère ceci : " Les dispositions de la loi du 26 décembre 1964 et celles du statut du tribunal militaire international de Nüremberg annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945, ne concernant que les faits commis pour le compte des pays européens de l’Axe ", ce qui a sans doute le plus amnistiant effet pour les Japonais et les Thaïlandais mais également pour les vainqueurs exempts de tout crime. Tout cela est bel et bon. Mais est-on vraiment certains de convaincre les générations futures que le monde est simplement bleu et rose quand M. Chirac décide qu’il est bleu et rose et qu’il est noir quand l’arbitraire de Cour décide qu’il est noir.

Jean-Gilles Malliarakis et Pascal Reugny

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