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Sceau personnel de JG Malliarakis

CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE

VENDREDI 20 JUIN 2003

OUVRONS LES YEUX DEVANT L’IMPUISSANCE DES DIRIGEANTS EUROPEENS

… incapables d’unir le continent

Le Conseil européen de Thessalonique aura été une fois de plus l’occasion de mesurer les limites de la construction européenne pensée depuis Jean Monnet en termes essentiellement économiques.

Nous en sommes arrivés au stade où les administrations nationales de chaque État-membre négocient perpétuellement des dispositifs, des budgets, des programmes de redistribution en faveur de leurs clientèles respectives. Celles-ci sont très éloignes de la réalité de chaque peuple et l’exemple agricole est à la fois le plus frappent, le plus dramatique pour l’espace rural français et le plus coûteux pour l’ensemble de l’Europe des 15 dont 46% des finances sont absorbées par la Politique Agricole Commune alors que les exploitants agricoles ne représentent plus que 2 ou 3% de la population active.

Ceci n’est pas entièrement nouveau. Les grandes lignes de cette politique agricole d’inspiration française remontent à 1962. Et un jeune maître de conférences de l’Institut d’Études Politiques, il y a 40 ans, dénonçait avec brio devant ses étudiants ce diktat de qu’il appelait la médiocrité de "l’Europe du chou et de la carotte". Il s’appelait Jacques Chirac et 40 ans plus tard, le même personnage se croit obligé à Thessalonique (1) de contrevenir à l’ordre du jour de la présidence en rappelant les revendications redistributrices de la FNSEA.

Car depuis 40 ans tout a changé dans le monde mais les équations politiciennes internes n’ont pratiquement pas bougé. Pire encore les médiats hexagonaux ont rajouté une nouvelle couche de chauvinisme frelaté dans ces discussions qu’ils persistent à appeler "Sommets". De ce point de vue on doit reconnaître, avec tout le respect qu’on lui doit, que Mme Tatcher a fait beaucoup de mal avec sa phrase "Je veux retrouver mon argent" car elle a légitimé une sorte d’investissement patriotique dans ce qui devrait être un rapprochement entre les peuples d’Europe et qui se résume aujourd’hui à une confrontation entre des administrations.

On a le devoir d’être lucide et de ne pas faire semblant de croire que le projet Giscard de Constitution serait satisfaisant. Il comprend certes quelques avancées mais il demeure au milieu du gué, sans enterrer le caractère intergouvernemental de la construction européenne. De ce point de vue la France se déconsidère vis-à-vis de l’Europe, aussi bien en la personne de Giscard, si intelligent soit-il, que de Chirac ou de Delors. En faisant les déclarations tonitruantes que l’on a pu entendre le 19 juin sur France Info, à la gloire de Trichet, lui aussi "représentant de la France", le commissaire Pascal Lamy n’a pas manqué d’indisposer un peu plus ceux qui souhaiteraient une vision moins bornée, moins chauvine et moins technocratique de l’Europe des peuples.

La pensée officielle de nos États est devenue très courte. Leur mémoire s’est trouvée comme lobotomisée. N’étant même plus capables de se souvenir de l’histoire du Saint-Empire – l’ont-ils jamais apprise d’ailleurs – ils n’ont même pas le courage de tirer profit des leçons que nous donnent nos cousins américains avec une Constitution initialement confédérale au xviiie siècle et qui n’a pas si mal fonctionné puisqu’elle a survécu à une guerre civile, qu’elle a évolué au bout d’un siècle vers le fédéralisme et qu’elle a fini par créer l’union monétaire en 1914. Rappelons incidemment qu’à la veille de la guerre de Sécession, l’Amérique ne comptait guère que 31 millions d’habitants.

Certains rêvent de construire l’Europe à l’encontre de l’Amérique mais ils se refusent aux évolutions qui permettraient une Europe forte. Pis encore, ils suggèrent de baisser un peu plus la garde devant les vraies menaces qui pèsent aujourd’hui sur nos continents : menaces démographiques, menaces terroristes, menaces résultant de l’incapacité de dire non à la candidature de la Turquie.

Les Européens ont aujourd’hui un seul devoir, celui d’être lucides et de voir où les ont menés les mensonges et les atermoiements des petits hommes gris qui ridiculisent notre continent.

Jean-Gilles Malliarakis et Jacques Fousseret

(1) Il est plutôt d'usage en français de dire "Salonique", pour la ville moderne, Thessalonique étant reservée à saint Paul, et à la ville byzantine. Cet usage nous paraît un peu dérisoire.

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