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Sceau personnel de JG Malliarakis

CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE

LUNDI 23 JUIN 2003

UNE PETITE DECISION DISCRETE PRISE A THESSALONIQUE

Elle concerne le calendrier de la candidature de la Turquie…

Il est évidemment de bon ton, au sortir de la réunion du Conseil européen de Thessalonique de glorifier le projet de constitution émané de M. Giscard d’Estaing. Chef d’un orchestre de 105 conventionnels, l’ancien chef d’État parisien a proposé un premier document. Or, ce ne sont même plus 16 États sur 25 (1) mais l’Union européenne dans son ensemble, candidats compris, qui en feront non pas l’avant-projet de Traité constitutionnel mais une simple "base de travail". Celle-ci sera proposée à une Conférence intergouvernementale laquelle devra statuer à l’unanimité.

On admettra volontiers que nous sommes en présence d’un verre à moitié sinon au trois-quarts vide. Le beau soleil du solstice d’été nous amènera peut-être à dire qu’il est à moitié plein, afin de ne pas passer pour de perpétuels grincheux.

Enfin, dira-t-on l’Europe s’adonne à la problématique de sa Constitution. C’est, au plan des principes, un immense progrès. Pour reprendre le titre des Échos, c’est un "élan". On se doit de le saluer.

Tout cela a permis d’adopter plus sereinement sinon plus subrepticement la procédure et le calendrier d’un élargissement en trois temps.

1. Première étape, au printemps 2004, les dix nouveaux pays dont la liste a été fixée par le Traité de Nice deviennent membres de plein droit. L’Europe réintègre les 5 nations slavo-catholiques, les 3 pays baltes, les 2 îles États méditerranéennes. C’est une immense avancée géopolitique et cela efface 80 % des conséquences de Yalta. L’Union européenne compte 25 États-Membres et 450 millions de citoyens.

2. La deuxième étape sera un peu plus complexe car elle touchera enfin les pays du Sud-est européen. Sur 7 pays balkaniques, seules la Bulgarie et la Roumanie sont pratiquement assurées d’entrer à l’horizon 2007 et c’est encore dans le courant 2004 que l’on sera fixé.

3. La troisième étape est évidemment alors la plus délicate puisqu’en décembre 2004 il faudra trancher de l’ouverture effective des négociations avec un 33e pays, celui dont 95 % du territoire est sur le continent asiatique, dont la langue est asiatique et dont la capitale est, elle aussi, asiatique puisqu’il s’agit de la Turquie.

Les décisions relatives à la Turquie, 40 ans après un accord d’association au marché commun ne seront pris qu’après bouclage des 17 autres dossiers. C’est procéduralement très important et cela constitue sans doute un petit matelas de sécurité supplémentaire pour tous ceux qui se sentent incapables de dire : non.

Il faut mettre les Européens en garde contre ces frivolités diplomatiques que nous continuons d’admirer parce qu’en France nous admirions Talleyrand sans nous rendre compte des catastrophes dont sa suprême habileté fut l’initiateur.

Pendant 10 ans, la suprême habileté des grands habiles européens a été de se défausser sur l’hypothèse du veto grec. Cette hypothèse n’a plus de sens depuis 1999 et surtout du fait de l’adhésion de Chypre.

En novembre 2002, M. Giscard d’Estaing a cru pouvoir invoquer la seule géographie physique. C’est politiquement très correct et c’est là encore très, très habile. Un mois plus tard cependant la réunion de Copenhague balayait ces bonnes manières et elle reconnaissait en décembre 2002 le droit de la candidature turque à n’être passé au crible que des critères de l’économie et du droit constitutionnel forme.

Eh bien puisque l’Europe tient tant à se prévaloir de critères démocratiques, c’est aux 450 millions de citoyens, que comptera demain l’Europe, de dire tranquillement : Non, nous ne considérons pas ces 60 millions de Turcs musulmans pour nos compatriotes.

JG Malliarakis

(1) comme nous l’indiquions dès notre chronique du 16 juin.

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