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Sceau personnel de JG Malliarakis

CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE

MERCREDI 25 JUIN 2003

L’EUROPE ET LE FRONT SUD

1. Rivalités des grands États

L’Histoire jacobine et franco-française de l’Europe met l’accent sur les rivalités des grands États qui se sont partagé les dépouilles de l’Empire romain d’Occident. Et aujourd’hui nous voyons certes encore les traces de cet héritage de division.

Mais il est d’abord à remarquer que les quelques réticences ouvertement centrifuges au sein de l’Union européenne viennent de pays dont l’histoire autrefois impériale a déterminé des intérêts puissants au-delà des mers. Nous pouvons certes commencer par l’Angleterre où de brillants éditoriaux eurosceptiques développent des théories parfois pertinentes.

L’éditorial et la couverture du The Economist du 23 juin montrent ainsi le lieu où l’on doit, selon le journal, classer le projet Giscard de Constitution européenne : la corbeille des chiffons de papier. Tout n’est pas faux dans les critiques britanniques et nous serions volontiers les partisans sincères de l’Europe de Bruges telle que Margaret Thatcher l’avait proposée dans un discours célèbre. Le concept était alors porteur d’espérance puisque enfin la Grande-Bretagne pouvait sembler, il y a 15 ans, s’impliquer de manière positive, avec la ténacité, le bon sens et la clairvoyance dont elle a fait preuve au cours des siècles, dans la grande réconciliation continentale.

Mais depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts glorieux de la Tamise et nous nous demandons si malgré l’Eurostar, la Manche ne s’est pas élargie et approfondie.

Certains accuseront l’influence dans la presse et l’opinion londoniennes de personnages et de capitaux issus eux-mêmes des Dominions blancs, c’est-à-dire de ces intérêts considérables qui persistent au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et même dans tout le Commonwealth.

D’autres pensent que la City financière de Londres est essentiellement mondiale.

Enfin, et surtout, la fameuse déclaration de Churchill sur le choix entre le Continent et le Grand Large, et ses propos sur les liens privilégiés avec les Etats-Unis, ne se sont jamais démentis.

L’exemple de la politique espagnole tournée vers l’Amérique latine ou même celui d’une France juxtaposant son souverainisme résiduel à son influence non moins résiduelle en Afrique francophone confirme cet impact du reliquat impérial.

Car, quoiqu’il advienne, on doit bien maîtriser le fait que ces orientations centrifuges sont d’abord la marque du passé et non le sentier de l’avenir.

Réconciliée sans doute depuis 1873 et la présidence de Grant avec les anciennes colonies insurgées d’Amérique, l’Angleterre ne les reprendra jamais.

À son tour, elle en subit l’influence et même la langue parlée dans les deux pays évolue de manière divergente.

L’Espagne et la France ne seront plus jamais des puissances coloniales et si l’on doit parler de colonisation du peuplement ce n’est certes plus dans le même sens. Les militants de l’Algérie française peuvent savourer dans le métro parisien la victoire de leur idéal de jeunesse. Mais cette saveur s’investit sur le petit territoire de l’Hexagone et son goût n’est pas dépourvu d’amertume.

D’autre part, quoiqu’il advienne aussi, les traces de l’aventure coloniale — dont Kazantzakis disait qu’elle avait été la grande épopée de la race blanche, Rudyard Kipling parlait de fardeau de l’homme blanc et Jules Ferry employait même des mots qu’il serait interdit de prononcer aujourd’hui, — tout cela fait partie du patrimoine historique européen, de la grandeur de l’Europe. Christophe Colomb pour l’Espagne, Savorgnan de Brazza pour la France étaient des Italiens ; les exemples abondent de ce foisonnement européen au terme duquel, et quoiqu’ils en pensent eux-mêmes peut-être, les Américains sont un rameau issu de notre souche commune.

Jean-Gilles Malliarakis

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