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Sceau personnel de JG Malliarakis

CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE

VENDREDI 27 JUIN 2003

L’EUROPE ET LE FRONT SUD

3. L’Europe se doit de maîtriser ses confins

Les assauts contre l’Europe sont tout autre chose que des débats théologiques avec des controversistes musulmans ou des sectes gnostiques.

Ils ont commencé avant le christianisme.

Ils se sont développés indépendamment de l’islam.

C’est ainsi, par exemple, que les Mongols ont attaqué la Russie bien avant de s’intéresser à la religion du Prophète, et qu’une histoire objective des Turcs prouve plutôt leur aptitude à la guerre de préférence à la philosophie ou à la théologie.

Leurs confréries de prédilection sont des assemblages très pratiques et leurs grands mystiques en sont plutôt des Persans (1).

L’Empire ottoman était la chose d’une armée qui s’est servie de la religion, et cette armée a survécu à l’empire.

Si aujourd’hui l’Europe est à nouveau confrontée à la poussée des peuples du Sud, si la ligne de fracture du monde semble bien encore entre Méditerranée et Bosphore, on ne doit pas se tromper sur la ligne de front.

L’Europe a besoin de maîtriser ses confins. Elle ne peut pas se contenter d’une coupure chirurgicale définitive : le détroit de Gibraltar, le Canal de Suez, la circulation entre le Pont-Euxin et la mer Égée, même les échelles du Levant font partie de son espace et l’intérêt commun de tous les peuples commandent qu’elle y rayonne.

Une vision étroitement continentale comme celle des gaullistes français ne peut mener qu’à une implosion d’une Europe rabougrie et nombriliste. Il est significatif d’en voir les dégénérescences dans une société qui, après avoir renoncé à gérer les problèmes africains et maghrébins Outremer, capitule dans l’Hexagone devant les conséquences de cet abandon vulgaire, celui que le fondateur de la Ve République refusait au départ d’envisager.

Défendre l’identité de l’Europe, c’est donc défendre les libertés au-delà même des frontières territoriales de l’Union européenne.

Ce n’est pas imposer au monde entier des normes abstraites.

C’est très concrètement permettre qu’au voisinage de l’Europe le libre épanouissement de nos valeurs, de nos entreprises et de nos relations naturelles soit assuré dans l’intérêt de nos voisins.

Naturellement, ceci ne prendra pas la forme périmée des anciens empires coloniaux puisque précisément, sous l’influence des idées et des enseignements européens, les Africains ont construit des États dont nous respectons les souverainetés. Bien au contraire, après les avoir largement fait accéder à l’indépendance politique formelle nous devons leur permettre d’évoluer vers les libertés sociales et économiques. En particulier nous devons considérer la remarque très pertinente du secrétaire américain au Commerce international soulignant que le développement résulterait beaucoup plus de l’épargne intérieure des pays du Sud que du stimulus du financement international.

On peut regretter que cette doctrine ait mis si longtemps à être formulée et certains ne manqueront pas d’en diaboliser l’origine nord-américaine. C’est bien, d’ailleurs, ce qui pose le véritable problème de l’Europe. Le monde a besoin d’une Europe des Libertés. L’espace africain a besoin de recevoir d’Europe non plus un message marxiste comme en dispensent encore nos universités, mais un message de liberté.

Mais nous-mêmes en Europe sommes-nous vraiment préparés à renforcer ce message ? Il vient pourtant du plus profond de notre histoire. Il se trouve peut-être même inscrit dans l’ethnogénèse de chacun de nos peuples. Mais il est renié toujours par les survivants des sectes utopistes et étatistes. Le marxisme-léninisme a alimenté l’hystérie satanique révolutionnaire au cours du tragique XXe siècle avec ses 190 millions de victimes. On ne remarquera jamais assez que ces victimes, majoritairement civiles, ont été assassinées pour la plupart par les bureaucraties qui prétendaient les nourrir, et qu'elles se sont retrouvées broyées par les idéologies qui étaient supposées les aimer. 

La confrontation de l’Europe avec les vagues d’assaut extérieures ne doit pas nous faire perdre de vue que l’Europe n’est grande que dans la liberté. Avant de repousser les Perses, Athènes s’est débarrassée de ses oppresseurs. La grandeur de Rome s’est construite dans la république et jamais les despotismes orientaux n’ont su durablement s’acclimater dans l’âme de nos peuples.

Le Front Sud de l’Europe ne verra la victoire de l’identité européenne que si le génie de notre continent assure la victoire de nos libertés.

Jean-Gilles Malliarakis

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(1) Ainsi le fameux Djalal-al-Din Rumi, prince et poète originaire du Khorassan et qui fut au XIIIe siècle le fondateur de ces derviches mevlevi que nous appelons derviches tourneurs.

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