CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE
MARDI 1ER JUILLET
LES ESPOIRS DUNE PAIX ENFIN JUSTE ET EQUITABLE DANS LE PROCHE-ORIENT


Ils ne peuvent faire léconomie dune éradication du terrorisme
Lamorce de trêve des attentats, lesquisse dun retrait de lArmée israélienne de certains territoires réoccupés sont comme lannonce dun éventuel coin de ciel bleu comparé aux nuages noirs qui dominent dans le Proche-Orient, depuis 3 ans et depuis la nouvelle Intifada.
Depuis plus dun demi-siècle, le conflit israélo-palestinien constitue un abcès de fixation de la politique mondiale. Le petit territoire de la Palestine mandataire avait fait lobjet dun partage onusien, inapplicable et inappliqué. Puis pendant 20 ans, jusquen 1967, les réfugiés arabes palestiniens ont forgé des organisations radicales vouées à la destruction de ce quelles refusaient de reconnaître comme un État, cependant quIsraël de son côté, leur refusait la reconnaissance même en tant que réalité nationale. Aujourdhui encore certains partisans extrêmes du sionisme écrivent Palestinien avec des guillemets.
Dans cette situation inextricable il y a dabord fallu que le chef historique réputé le plus dur au sein du nationalisme israélien, Menahem Beghin parvienne le premier à un accord avec le pays arabe qui lui avait tenu tête avec le plus dacharnement pendant 30 ans, lÉgypte. Puis, en 1993, les accords signés à Oslo entre le chef historique de lOLP, Yasser Arafat et Israël, enterrent une fois pour toutes le projet de jeter les Juifs à la mer (1) ou de faire disparaître ce que la rhétorique arabe appela, pendant un demi-siècle, lentité sioniste.
Les accords dOslo, il y a 10 ans, la fameuse feuille de route qui prétend en reprendre le principe, tout cela a été fortement critiqué par les deux partis de la guerre, car nous devons avoir lhonnêteté de voir en face quil y a bien deux partis également acharnés à maintenir la situation de tension. Ces deux partis cherchent à faire pression sur les opinions occidentales, aussi bien aux Etats-Unis quen Europe, à partir de manipulations émotionnelles quil nest pas nécessaire de rappeler.
Aujourdhui en Europe, on voudrait rajouter à ces couches traditionnelles, les unes assises sur lHistoire de la seconde guerre mondiale (2), les autres sur le reliquat des dialectiques de la décolonisation, une nouvelle dimension fondée sur le seul antiaméricanisme caricaturé à son niveau le plus obsessionnel. Et en particulier puisque les Américains osent lier leurs projets pour la paix à la fin dactivités clairement terroristes, il est de bon ton de trouver des excuses à ce développement terroriste, de recenser ses racines sociales, de repérer limpasse dont il serait le résultat.
Or, il faut avoir le courage dobserver que le terrorisme est bien une des composantes du malheur arabe en général et palestinien en particulier. Il nen est pas la conséquence. Il en est une des causes. Et chaque fois quune chance historique daccord, impliquant évidemment des concessions israéliennes, non négligeables, se dessine, on a bien en vue que la reprise des activités du Hamas ou du Djihad, financées de lextérieur, torpille toute concrétisation de ces accords.
LEurope a certainement le devoir de sortir de son néant dans une région du monde qui la concerne exactement autant, sinon plus, quelle ne préoccupe la politique américaine.
Elle ne peut le faire quen ayant une vision claire et un discours fort à la fois sur le terrorisme et sur les deux clans les plus extrêmes acharnés à maintenir la situation de guerre ou à la rétablir.
LEurope ne peut pas laisser impunis les réseaux terroristes, les discours terroristes, les justifications du terrorisme et ceci pour une raison bien simple, à savoir quelle est elle-même visée par les mêmes discours, les mêmes justifications et les mêmes réseaux auxquels la pseudo solidarité islamique sert de rhétorique centrale dans la bouche des imams étrangers et des émirs de la violence actifs sur notre sol.
Que la justice soit nécessaire, cest une évidence.
Elle ne triomphera pas dans la faiblesse que ce soit en Europe ou dans le Proche-Orient.
Jean-Gilles Malliarakis
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(1) Tel était au départ le slogan du fondateur de l'OLP, Choukheïri, auquel succéda Arafat.
(2) Si atroce soit-elle les Arabes n'y eurent aucune part de responsabilité.
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COURRIER DES LIBERTÉS SOCIALES
MARDI 1ER JUILLET 2003
LE SPECTACLE DES INTERMITTENTS
Le discours de la CGT se résume en une phrase : "on va tout casser"
Une fois de plus le quotidien de la pensée unique, Le Monde, donne le ton, le ton au-dessous duquel on est le complice des salauds de riches et des grossiers Philistins. Son titre du 1er juillet commence par "la colère des intermittents " Sachant que dans la nov'langue actuelle, pour fêter sans doute le centenaire de George Orwell, la colère est toujours justifiée. Elle est la colère de Dieu de Justice de lAncien Testament.
Certains se préoccupent déjà des conséquences factuelles pour lindustrie des 650 festivals dété, pour les milliers demplois, pour le tourisme, première industrie exportatrice nationale avec ses 100 milliards deuros de recettes. De quoi sinquiètent-ils ? La Gay Pride a été, cette année encore, une grande réussite parisienne et cest le principal pour la culture vivante de notre beau pays.
Dautres regarderont à la loupe les comptes de lUnedic. Au régime des intermittents du spectacle, qui concerne désormais 90 000 bénéficiaires, soit 2 fois plus quil y a 20 ans, les dépenses 2002 ont battu tous les records avec 952 millions deuros en face desquels les cotisations nont représenté que 124 millions. Le déficit est remarquable avec 828 millions deuros, somme que lon navait jamais atteinte. Mieux encore, de 2000 à 2002, le taux de déficit a grimpé de 2 points passant de 85 à 87 %. Enfoncés, les comptes de lOrganic et de la MSA subventionnées entre 60 et 80 %.
À plusieurs reprises, et depuis plus de 10 ans, les dysfonctionnements du système de protection de lemploi de ces fameux intermittents ont été dénoncés par tous ceux qui en subissent les conséquences, à commencer par les vrais chômeurs. On a remarqué certains bénéficiaires scandaleux parmi les comédiens. Le courage impose de remarquer que le principal scandale se situe chez les techniciens du spectacle, face cachée du système où la CGT peut faire régner une semi-terreur et oblige de subventionner, par divers mécanismes, sans équivalents à lÉtranger, une exception culturelle française où la médiocrité du produit na dégale que larrogance, la prétention et limposture de ses soi-disant créateurs.
Le dispositif nest pas sans charme pour ceux qui ont la chance den bénéficier. Actuellement, technicien ou comédien, il faut et il suffit davoir travaillé 507 heures, cest-à-dire théoriquement 3 mois, pour être indemnisé 12 mois. Mais on doit souligner que 507 heures dun caméraman peuvent être calculées en multipliant fictivement par 2 ou 3 les heures effectivement ouvrées. La CGT milite pour la création dune vraie carte corporative et alors la boucle sera bouclée.
Des gens aussi peu suspects que MM. Aillagon ou Faivre dArcier ont rappelé que la légère réformette sur laquelle M. Gautier Sauvagnac, au nom de lUnedic, sest accordée avec le Médef et 3 syndicats sur 5 est plutôt favorable puisquelle maintient le mécanisme en rognant un peu sur les délais dans lesquels les intermittents capitalisent et consomment leurs droits.
La crise actuelle nest évidemment dramatique que pour la saison culturelle. Elle révèle à quel point la CGT se moque non seulement des lois et des libertés mais aussi des mécanismes sociaux de solidarité quelle prétend défendre. Son discours se résume en une phrase "on va tout casser" et il ne faut pas se dissimuler que la main duvre ne manque pas et que nombreux sont les activistes particulièrement disponibles et singulièrement motivés. Dire que ces casseurs potentiels représentent la culture française excède la mesure la plus pessimiste de notre décadence Mais, finalement, cest bien la trame du discours que lon a déjà commencé dentendre et de lire sous les plumes les plus autorisées.
Le plus significatif est que cette crise, plus encore que celle de la réforme des retraites, remet en cause de manière éclatante le fameux décret de 1966 sur la représentativité réputée irréfragable des bureaucraties syndicales issues de la Résistance.
On percera peut-être un jour le mystère de la rédaction administrative de ce texte absurde. Le fait actuel et futur est quil se trouve entièrement périmé, que seuls sy accrochent vraiment les gens comme M. Blondel à la veille lui-même dune retraite à la fois bien méritée et, pour une fois, salutaire.
Jean-Gilles Malliarakis
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CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE
LUNDI 30 JUIN 2003
LA PRESIDENCE ITALIENNE DE LUNION EUROPEENNE...
Elle ne s'annonce pas que sous de mauvais auspices
On peut et l'on doit saluer dabord le principe de la coopération policière affirmée en Sardaigne par MM. Sarkozy et Pisanu face à limmigration clandestine et de manière très claire face à un pays extra-communautaire, en loccurrence la Libye du Colonel Khaddafi.
On se doute bien quil ne sagit pas en loccurrence dune simple pression sur un État exportateur de main duvre comme ceux du Maghreb ou de l'Afrique subsaharienne. Pour la première fois, on amène un pays de transit à prendre rapidement ses responsabilités face à un trafic de migrants illégaux de toutes sortes, faux réfugiés politiques, vrais criminels, malheureux illusionnés par lEldorado occidental, candidats à lassistanat, voire même quelques éventuels demandeurs demplois. Ce trafic en tout genre développe globalement une menace démographique pour lEurope et seuls quelques curés progressistes en retard dun Concile, dun aggiornamento et de deux pontificats font encore semblant de lignorer.
Nous devons mesurer ici que M. Sarkozy et M. Pisanu ne représentent pas le même concept politique. Sarkozy, à tort ou à raison, fait figure de ministre de droite, plus en droite en tout cas que le président de la république. M. Beppe Pisanu au contraire, dans la coalition gouvernementale dirigée depuis 3 ans par Silvio, Berlusconi apparaît plutôt comme un élément centriste. Et cest bien sûr la question de limmigration que la Ligue du Nord et son chef Umberto Bossi font actuellement peser une menace de quitter le gouvernement. Ils réclament une politique plus dure, plus restrictive et, à notre avis, plus conforme à lintérêt européen. Il est à ce sujet pittoresque de voir combien la gauche médiatique française, si hostile à M. Berlusconi (1), semble trouver intéressante la sécession éventuelle des légistes du Nord, à côté et en comparaison desquels il nest pas malhonnête de voir un Jean-Marie Le Pen, un honnête continuateur des Indépendants paysans, sinon un forcené de lantiracisme.
On ne manquera pas dailleurs de critiquer dans la presse bien pensante et gauchisante lentente Sarkozy-Pisanu et de la stigmatiser comme représentant la lepénisation des esprits en Europe.
Si on devait chercher des arrières pensées de politique intérieure à cette ferme coopération destinée à défendre lEurope sur son front sud, on serait tenté plus honnêtement de formuler lhypothèse inverse : les gouvernements tant français quitalien ne souhaitent certainement pas se trouver débordés politiquement sur leur droite.
Mais un autre élément doit être pris en compte, et salué comme il se doit : le 26 juin, Silvio Berlusconi est intervenu au Parlement italien et il a très précisément menacé dintervenir militairement sur les côtes libyennes pour permettre un contrôle policier effectif, sous la responsabilité de lItalie, si jamais le gouvernement de Tripoli nacceptait pas de coopérer face au déferlement dimmigrés clandestins venus dAfrique. Dans les 48 heures qui ont suivi tous les bons esprits sont montés au créneau dans le sens de la souveraineté de ce pays africain qui fut autrefois une possession italienne au lendemain de la guerre italo-turque de 1911 et naturellement aussi au nom des droits de lHomme. Mais 3 jours après, le 29 juin, on pouvait lire en première page dans la Repubblica la bonne nouvelle dun accord italo-libyen conforme aux desiderata italiens et, répétons-le, aux intérêts de lEurope.
Dans la même livraison du grand quotidien italien de centre gauche étaient inventoriés les éditoriaux au vitriol et les premières pages caricaturales censées représenter linquiétude de lopinion populaire européenne face à la perspective de 6 mois dune présidence nominale rotative italienne de lUnion européenne. Et cest un fait que Der Spiegel en Allemagne ou The Guardian de Manchester sont très critiques. Leurs homologues en France sont Le Monde et le Nouvel Observateur, cest-à-dire des gens qui se sont toujours trompés. Alors, en effet, la présidence européenne italienne des 6 mois à venir ne se présente pas que sous des auspices négatifs.
Jean-Gilles Malliarakis
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(1) Dont elle présente la coalition comme étant à la veille de léclatement tous les jours depuis plus de 30 mois. Le pronostic finira donc bien par se réaliser un jour.
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COURRIER DES LIBERTÉS SOCIALES
LUNDI 30 JUIN 2003
LES INTERVENTIONS ETATIQUES SUR LE LOYER DE LARGENT NE RELANCERONT PAS LECONOMIE FRANÇAISE
"La Liberté du crédit, c'est l'harmonie sociale, c'est le Droit, c'est le respect de l'indépendance et de la dignité humaine. C'est la foi dans le progrès et les destinées de la société." Frédéric Bastiat
La baisse du taux dintérêt américain ne nous a été connue ce 26 juin que par la lecture du Giornale à la sortie du Musée archéologique de Naples. Dans un tel contexte, la conjoncture financière si passionnante soit-elle mérite dêtre mise en parallèle avec les tendances longues. Elle ne changera rien aux instantanés figés dans léternité dHerculanum et Pompéi. La grâce des fresques, la perfection de la mosaïque dAlexandre, la majesté des empereurs romains nen seront pas altérées (1).
Quant à mettre les Napolitains au travail, la chose relève dune chirurgie sociale certainement plus structurelle.
Reste quavec un taux de 1 %, le loyer public de largent fédéral américain est à un niveau quil navait pas connu depuis 1958. Depuis le 3 janvier 2001, le loyer du dollar est passé de 6 % à 1 %. Mais on doit observer quil était à 1,25 % depuis novembre 2002 et que, par définition, il peut difficilement tomber de beaucoup.
Cette politique de baisse des taux courts par les banques centrales peut faire lobjet de diverses appréciations selon quon lobserve du point de vue de la Bourse, de la Banque, de la grande compagnie ou de lentreprise individuelle : ce n'est pas la même chose. Elle a aussi des effets sur le cours des monnaies, sur le commerce international et aussi sur la croissance.
Il ne nous appartient pas dévaluer ici la pertinence de laction de M. Greenspan qui, dune manière générale, est probablement mieux informé que nous de lintérêt des Etats-Unis.
Ce dont nous devons nous préoccuper, cest plus sérieusement de cette idée répandue avec 10 ans de retard chez nos dirigeants politiques et nos technocrates que la relance de léconomie dépend de coups de fouet tels que la baisse du taux dintérêt court fixé par les banques centrales.
Cette idée nous semble à peu près aussi illusoire que la politique du franc fort a pu se révéler néfaste pour la France dans les années 1990, et particulièrement lorsque M. Trichet fut nommé Gouverneur de la Banque de France par la grâce de M. Balladur.
À lépoque, pour maintenir un cours élevé du franc, on avait fixé un taux dintérêt de base trop élevé. Ceci entraîna un coût exorbitant du loyer de largent pour les entrepreneurs, particulièrement pour les petits, mais aussi pour les consommateurs, pour les acquéreurs de logements, etc. Une part importante du chômage structurel français de cette période sexplique par cette usure étatiste artificielle.
Faut-il imaginer que, symétriquement, une baisse administrative non moins artificielle des taux provoquerait un flux dembauche et de création saine dactivités durables comme semble le penser en France le chef de lÉtat ? La réponse est non.
Tout dabord, il ny a pas symétrie. Faire passer de 10 à 15 % le taux de lintérêt effectif payé par une petite entreprise peut contribuer à létrangler et à la dissuader dinvestir.
Diminuer de 1,25 à 1 % le taux de la banque centrale nentraîne pas les effets inverses.
Au-dessous de sa valeur naturelle, le loyer de largent encourage des opérations sélectionnées par dautres considérations que leur rentabilité intrinsèque et leur utilité sociale. On ne saurait le dire mieux que la dit, en quelques lignes, Jean Étienne Portalis (dans son discours introductif au projet de Code Civil de lan IX) et tout économiste français devrait avoir le courage de se référer à ce texte lumineux.
Un taux artificiellement bas est une forme de subvention et l'on na jamais vu lassistanat engendrer le travail ni lÉtat décréter la croissance.
Cela nous ramène à Naples et à ce que les Italiens du Nord appellent la bourbonisation du Sud. Il est vrai qu'aujourd'hui c'est la bourbonisation de toute l'Europe qui nous menace.
Jean-Gilles Malliarakis
(1) C'est probablement cette résistance à l'usure du temps qu'on appelle développement durable.
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CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE
MERCREDI 25 JUIN 2003
LEUROPE ET LE FRONT SUD
1. Rivalités des grands États
LHistoire jacobine et franco-française de lEurope met laccent sur les rivalités des grands États qui se sont partagé les dépouilles de lEmpire romain dOccident. Et aujourdhui nous voyons certes encore les traces de cet héritage de division.
Mais il est dabord à remarquer que les quelques réticences ouvertement centrifuges au sein de lUnion européenne viennent de pays dont lhistoire autrefois impériale a déterminé des intérêts puissants au-delà des mers. Nous pouvons certes commencer par lAngleterre où de brillants éditoriaux eurosceptiques développent des théories parfois pertinentes.
Léditorial et la couverture du The Economist du 23 juin montrent ainsi le lieu où lon doit, selon le journal, classer le projet Giscard de Constitution européenne : la corbeille des chiffons de papier. Tout nest pas faux dans les critiques britanniques et nous serions volontiers les partisans sincères de lEurope de Bruges telle que Margaret Thatcher lavait proposée dans un discours célèbre. Le concept était alors porteur despérance puisque enfin la Grande-Bretagne pouvait sembler, il y a 15 ans, simpliquer de manière positive, avec la ténacité, le bon sens et la clairvoyance dont elle a fait preuve au cours des siècles, dans la grande réconciliation continentale.
Mais depuis, beaucoup deau a coulé sous les ponts glorieux de la Tamise et nous nous demandons si malgré lEurostar, la Manche ne sest pas élargie et approfondie.
Certains accuseront linfluence dans la presse et lopinion londoniennes de personnages et de capitaux issus eux-mêmes des Dominions blancs, cest-à-dire de ces intérêts considérables qui persistent au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et même dans tout le Commonwealth.
Dautres pensent que la City financière de Londres est essentiellement mondiale.
Enfin, et surtout, la fameuse déclaration de Churchill sur le choix entre le Continent et le Grand Large, et ses propos sur les liens privilégiés avec les Etats-Unis, ne se sont jamais démentis.
Lexemple de la politique espagnole tournée vers lAmérique latine ou même celui dune France juxtaposant son souverainisme résiduel à son influence non moins résiduelle en Afrique francophone confirme cet impact du reliquat impérial.
Car, quoiquil advienne, on doit bien maîtriser le fait que ces orientations centrifuges sont dabord la marque du passé et non le sentier de lavenir.
Réconciliée sans doute depuis 1873 et la présidence de Grant avec les anciennes colonies insurgées dAmérique, lAngleterre ne les reprendra jamais.
À son tour, elle en subit linfluence et même la langue parlée dans les deux pays évolue de manière divergente.
LEspagne et la France ne seront plus jamais des puissances coloniales et si lon doit parler de colonisation du peuplement ce nest certes plus dans le même sens. Les militants de lAlgérie française peuvent savourer dans le métro parisien la victoire de leur idéal de jeunesse. Mais cette saveur sinvestit sur le petit territoire de lHexagone et son goût nest pas dépourvu damertume.
Dautre part, quoiquil advienne aussi, les traces de laventure coloniale dont Kazantzakis disait quelle avait été la grande épopée de la race blanche, Rudyard Kipling parlait de fardeau de lhomme blanc et Jules Ferry employait même des mots quil serait interdit de prononcer aujourdhui, tout cela fait partie du patrimoine historique européen, de la grandeur de lEurope. Christophe Colomb pour lEspagne, Savorgnan de Brazza pour la France étaient des Italiens ; les exemples abondent de ce foisonnement européen au terme duquel, et quoiquils en pensent eux-mêmes peut-être, les Américains sont un rameau issu de notre souche commune.
Jean-Gilles Malliarakis
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CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE
JEUDI 26 JUIN 2003
LEUROPE ET LE FRONT SUD
2. LEurope renaîtra dans la lutte.
Il est dans la nature même de lEurope de rayonner dans le monde et son génie ne la portera aucunement à lenfermement. Les tenants de lÉtat commercial fermé selon Fichte ont certainement fait beaucoup de mal et ils en feront encore sous les marques hypocrites du commerce organisé tel que le rêvent ou le réglementent nos technocrates. Mais au final, ils seront toujours perdants dès lors que le dynamisme européen sexprimera librement.
Cest dailleurs bien de cette certitude que lon doit partir si lon veut aboutir à une Constitution qui convienne à lEurope des libertés. Lempilement des règlements technocratiques, le verrouillage des subventions agricoles, le verbiage enfin de la classe politique très fade imposant le discours politiquement correct à 450 millions de consommateurs, non seulement ce nest pas lEurope, mais cela ne survivra pas aux épreuves inéluctables.
LEurope renaîtra dans la lutte. On ne peut jamais souhaiter aucune guerre, aucun affrontement sanglant, mais les crises sont dautant plus terribles quon a tout fait pour ne pas se préparer à les résoudre. Moins lEurope sera puissante plus elle aura la perspective de menaces bien réelles apparues sur dautres continents.
La question de lislamisme est aujourdhui dune évidence tellement aveuglante quelle risque de nous faire perdre de vue les autres défis.
Depuis le VIIIe siècle, la prédication monothéiste radicale de Mahomet a servi de drapeau à plusieurs vagues dont la grande Histoire de lEurope, au-delà des petites rivalités internes na pas cessé de refouler victorieusement lhostilité. Plusieurs siècles ont été nécessaires pour libérer la péninsule des Balkans. Toute lhistoire de lEurope baroque puis romantique a été marquée par laffrontement avec lEmpire turc dans toute l'Europe centrale, danubienne et balkanique et avec les Barbaresques en Méditerranée.
Mais nous serions enfermés dans une vision réductionniste, nous inverserions les causes et les conséquences, si nous limitions cette confrontation à sa seule dimension religieuse.
On a pu voir, au VIIe siècle, sous les quatre premiers califes (632-661) dans la progression de cette prédication en Orient, en Syrie (638), en Égypte (642), etc une simple victoire dun parti théologique et très certainement les sectes gnostiques et les diverses hérésies chrétiennes lui ont fait le meilleur accueil. Ainsi, un saint Jean Damascène issu lui-même dune grande dynastie syrienne peut encore écrire à lépoque où lempire musulman est dirigé par les Omeyyades (661-750) que la religion de Mahomet nest jamais que la 100e hérésie.
Mais en fait, aussi bien dans le ralliement extrêmement rapide des cités de lOrient que dans lentreprise de conquête qui va se heurter à Byzance et asservir lEspagne, on a assisté au retour dune vague d'assaut extra européens attestée dans lHistoire antique par les guerres médiques des Grecs au Ve siècle ou par les guerres puniques des Romains, 200 ans plus tard. Des menaces perses et carthaginoises, les Européens nont été délivrés que par les victoires dAlexandre le Grand en 330 et en 146 par celle Scipion Emilien. On peut certes admirer Hannibal et le jeune Sigmund Freund sidentifiait au personnage, mais nous sommes fils de lEmpire romain et il nous semble que la prise dAlger en 1830 na pas seulement constitué une victoire de lEurope mais aussi une victoire de la civilisation sur la barbarie.
Jean-Gilles Malliarakis
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CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE
VENDREDI 27 JUIN 2003
LEUROPE ET LE FRONT SUD
3. LEurope se doit de maîtriser ses confins
Les assauts contre lEurope sont tout autre chose que des débats théologiques avec des controversistes musulmans ou des sectes gnostiques.
Ils ont commencé avant le christianisme.
Ils se sont développés indépendamment de lislam.
Cest ainsi, par exemple, que les Mongols ont attaqué la Russie bien avant de sintéresser à la religion du Prophète, et quune histoire objective des Turcs prouve plutôt leur aptitude à la guerre de préférence à la philosophie ou à la théologie.
Leurs confréries de prédilection sont des assemblages très pratiques et leurs grands mystiques en sont plutôt des Persans (1).
LEmpire ottoman était la chose dune armée qui sest servie de la religion, et cette armée a survécu à lempire.
Si aujourdhui lEurope est à nouveau confrontée à la poussée des peuples du Sud, si la ligne de fracture du monde semble bien encore entre Méditerranée et Bosphore, on ne doit pas se tromper sur la ligne de front.
LEurope a besoin de maîtriser ses confins. Elle ne peut pas se contenter dune coupure chirurgicale définitive : le détroit de Gibraltar, le Canal de Suez, la circulation entre le Pont-Euxin et la mer Égée, même les échelles du Levant font partie de son espace et lintérêt commun de tous les peuples commandent quelle y rayonne.
Une vision étroitement continentale comme celle des gaullistes français ne peut mener quà une implosion dune Europe rabougrie et nombriliste. Il est significatif den voir les dégénérescences dans une société qui, après avoir renoncé à gérer les problèmes africains et maghrébins Outremer, capitule dans lHexagone devant les conséquences de cet abandon vulgaire, celui que le fondateur de la Ve République refusait au départ denvisager.
Défendre lidentité de lEurope, cest donc défendre les libertés au-delà même des frontières territoriales de lUnion européenne.
Ce nest pas imposer au monde entier des normes abstraites.
Cest très concrètement permettre quau voisinage de lEurope le libre épanouissement de nos valeurs, de nos entreprises et de nos relations naturelles soit assuré dans lintérêt de nos voisins.
Naturellement, ceci ne prendra pas la forme périmée des anciens empires coloniaux puisque précisément, sous linfluence des idées et des enseignements européens, les Africains ont construit des États dont nous respectons les souverainetés. Bien au contraire, après les avoir largement fait accéder à lindépendance politique formelle nous devons leur permettre dévoluer vers les libertés sociales et économiques. En particulier nous devons considérer la remarque très pertinente du secrétaire américain au Commerce international soulignant que le développement résulterait beaucoup plus de lépargne intérieure des pays du Sud que du stimulus du financement international.
On peut regretter que cette doctrine ait mis si longtemps à être formulée et certains ne manqueront pas den diaboliser lorigine nord-américaine. Cest bien, dailleurs, ce qui pose le véritable problème de lEurope. Le monde a besoin dune Europe des Libertés. Lespace africain a besoin de recevoir dEurope non plus un message marxiste comme en dispensent encore nos universités, mais un message de liberté.
Mais nous-mêmes en Europe sommes-nous vraiment préparés à renforcer ce message ? Il vient pourtant du plus profond de notre histoire. Il se trouve peut-être même inscrit dans lethnogénèse de chacun de nos peuples. Mais il est renié toujours par les survivants des sectes utopistes et étatistes. Le marxisme-léninisme a alimenté lhystérie satanique révolutionnaire au cours du tragique XXe siècle avec ses 190 millions de victimes. On ne remarquera jamais assez que ces victimes, majoritairement civiles, ont été assassinées pour la plupart par les bureaucraties qui prétendaient les nourrir, et qu'elles se sont retrouvées broyées par les idéologies qui étaient supposées les aimer.
La confrontation de lEurope avec les vagues dassaut extérieures ne doit pas nous faire perdre de vue que lEurope nest grande que dans la liberté. Avant de repousser les Perses, Athènes sest débarrassée de ses oppresseurs. La grandeur de Rome sest construite dans la république et jamais les despotismes orientaux nont su durablement sacclimater dans lâme de nos peuples.
Le Front Sud de lEurope ne verra la victoire de lidentité européenne que si le génie de notre continent assure la victoire de nos libertés.
Jean-Gilles Malliarakis
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(1) Ainsi le fameux Djalal-al-Din Rumi, prince et poète originaire du Khorassan et qui fut au XIIIe siècle le fondateur de ces derviches mevlevi que nous appelons derviches tourneurs.
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