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Sceau personnel de JG Malliarakis

CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE

MARDI 1ER JUILLET

LES ESPOIRS D’UNE PAIX ENFIN JUSTE ET EQUITABLE DANS LE PROCHE-ORIENT

Ils ne peuvent faire l’économie d’une éradication du terrorisme

L’amorce de trêve des attentats, l’esquisse d’un retrait de l’Armée israélienne de certains territoires réoccupés sont comme l’annonce d’un éventuel coin de ciel bleu comparé aux nuages noirs qui dominent dans le Proche-Orient, depuis 3 ans et depuis la nouvelle Intifada.

Depuis plus d’un demi-siècle, le conflit israélo-palestinien constitue un abcès de fixation de la politique mondiale. Le petit territoire de la Palestine mandataire avait fait l’objet d’un partage onusien, inapplicable et inappliqué. Puis pendant 20 ans, jusqu’en 1967, les réfugiés arabes palestiniens ont forgé des organisations radicales vouées à la destruction de ce qu’elles refusaient de reconnaître comme un État, cependant qu’Israël de son côté, leur refusait la reconnaissance même en tant que réalité nationale. Aujourd’hui encore certains partisans extrêmes du sionisme écrivent Palestinien avec des guillemets.

Dans cette situation inextricable il y a d’abord fallu que le chef historique réputé le plus dur au sein du nationalisme israélien, Menahem Beghin parvienne le premier à un accord avec le pays arabe qui lui avait tenu tête avec le plus d’acharnement pendant 30 ans, l’Égypte. Puis, en 1993, les accords signés à Oslo entre le chef historique de l’OLP, Yasser Arafat et Israël, enterrent une fois pour toutes le projet de jeter les Juifs à la mer (1) ou de faire disparaître ce que la rhétorique arabe appela, pendant un demi-siècle, l’entité sioniste.

Les accords d’Oslo, il y a 10 ans, la fameuse feuille de route qui prétend en reprendre le principe, tout cela a été fortement critiqué par les deux partis de la guerre, car nous devons avoir l’honnêteté de voir en face qu’il y a bien deux partis également acharnés à maintenir la situation de tension. Ces deux partis cherchent à faire pression sur les opinions occidentales, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe, à partir de manipulations émotionnelles qu’il n’est pas nécessaire de rappeler.

Aujourd’hui en Europe, on voudrait rajouter à ces couches traditionnelles, les unes assises sur l’Histoire de la seconde guerre mondiale (2), les autres sur le reliquat des dialectiques de la décolonisation, une nouvelle dimension fondée sur le seul antiaméricanisme caricaturé à son niveau le plus obsessionnel. Et en particulier puisque les Américains osent lier leurs projets pour la paix à la fin d’activités clairement terroristes, il est de bon ton de trouver des excuses à ce développement terroriste, de recenser ses racines sociales, de repérer l’impasse dont il serait le résultat.

Or, il faut avoir le courage d’observer que le terrorisme est bien une des composantes du malheur arabe en général et palestinien en particulier. Il n’en est pas la conséquence. Il en est une des causes. Et chaque fois qu’une chance historique d’accord, impliquant évidemment des concessions israéliennes, non négligeables, se dessine, on a bien en vue que la reprise des activités du Hamas ou du Djihad, financées de l’extérieur, torpille toute concrétisation de ces accords.

L’Europe a certainement le devoir de sortir de son néant dans une région du monde qui la concerne exactement autant, sinon plus, qu’elle ne préoccupe la politique américaine.

Elle ne peut le faire qu’en ayant une vision claire et un discours fort à la fois sur le terrorisme et sur les deux clans les plus extrêmes acharnés à maintenir la situation de guerre ou à la rétablir.

L’Europe ne peut pas laisser impunis les réseaux terroristes, les discours terroristes, les justifications du terrorisme et ceci pour une raison bien simple, à savoir qu’elle est elle-même visée par les mêmes discours, les mêmes justifications et les mêmes réseaux auxquels la pseudo solidarité islamique sert de rhétorique centrale dans la bouche des imams étrangers et des émirs de la violence actifs sur notre sol.

Que la justice soit nécessaire, c’est une évidence.

Elle ne triomphera pas dans la faiblesse que ce soit en Europe ou dans le Proche-Orient.

Jean-Gilles Malliarakis

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(1) Tel était au départ le slogan du fondateur de l'OLP, Choukheïri, auquel succéda Arafat.

(2) Si atroce soit-elle les Arabes n'y eurent aucune part de responsabilité.

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COURRIER DES LIBERTÉS SOCIALES

MARDI 1ER JUILLET 2003

LE SPECTACLE DES INTERMITTENTS

Le discours de la CGT se résume en une phrase : "on va tout casser"

Une fois de plus le quotidien de la pensée unique, Le Monde, donne le ton, le ton au-dessous duquel on est le complice des salauds de riches et des grossiers Philistins. Son titre du 1er juillet commence par "la colère des intermittents…" Sachant que dans la nov'langue actuelle, pour fêter sans doute le centenaire de George Orwell, la colère est toujours justifiée. Elle est la colère de Dieu de Justice de l’Ancien Testament.

Certains se préoccupent déjà des conséquences factuelles pour l’industrie des 650 festivals d’été, pour les milliers d’emplois, pour le tourisme, première industrie exportatrice nationale avec ses 100 milliards d’euros de recettes. De quoi s’inquiètent-ils ? La Gay Pride a été, cette année encore, une grande réussite parisienne et c’est le principal pour la culture vivante de notre beau pays.

D’autres regarderont à la loupe les comptes de l’Unedic. Au régime des intermittents du spectacle, qui concerne désormais 90 000 bénéficiaires, soit 2 fois plus qu’il y a 20 ans, les dépenses 2002 ont battu tous les records avec 952 millions d’euros en face desquels les cotisations n’ont représenté que 124 millions. Le déficit est remarquable avec 828 millions d’euros, somme que l’on n’avait jamais atteinte. Mieux encore, de 2000 à 2002, le taux de déficit a grimpé de 2 points passant de 85 à 87 %. Enfoncés, les comptes de l’Organic et de la MSA subventionnées entre 60 et 80 %.

À plusieurs reprises, et depuis plus de 10 ans, les dysfonctionnements du système de protection de l’emploi de ces fameux intermittents ont été dénoncés par tous ceux qui en subissent les conséquences, à commencer par les vrais chômeurs. On a remarqué certains bénéficiaires scandaleux parmi les comédiens. Le courage impose de remarquer que le principal scandale se situe chez les techniciens du spectacle, face cachée du système où la CGT peut faire régner une semi-terreur et oblige de subventionner, par divers mécanismes, sans équivalents à l’Étranger, une exception culturelle française où la médiocrité du produit n’a d’égale que l’arrogance, la prétention et l’imposture de ses soi-disant créateurs.

Le dispositif n’est pas sans charme pour ceux qui ont la chance d’en bénéficier. Actuellement, technicien ou comédien, il faut et il suffit d’avoir travaillé 507 heures, c’est-à-dire théoriquement 3 mois, pour être indemnisé 12 mois. Mais on doit souligner que 507 heures d’un caméraman peuvent être calculées en multipliant fictivement par 2 ou 3 les heures effectivement ouvrées. La CGT milite pour la création d’une vraie carte corporative et alors la boucle sera bouclée.

Des gens aussi peu suspects que MM. Aillagon ou Faivre d’Arcier ont rappelé que la légère réformette sur laquelle M. Gautier Sauvagnac, au nom de l’Unedic, s’est accordée avec le Médef et 3 syndicats sur 5 est plutôt favorable puisqu’elle maintient le mécanisme en rognant un peu sur les délais dans lesquels les intermittents capitalisent et consomment leurs droits.

La crise actuelle n’est évidemment dramatique que pour la saison culturelle. Elle révèle à quel point la CGT se moque non seulement des lois et des libertés mais aussi des mécanismes sociaux de solidarité qu’elle prétend défendre. Son discours se résume en une phrase "on va tout casser" et il ne faut pas se dissimuler que la main d’œuvre ne manque pas et que nombreux sont les activistes particulièrement disponibles et singulièrement motivés. Dire que ces casseurs potentiels représentent la culture française excède la mesure la plus pessimiste de notre décadence… Mais, finalement, c’est bien la trame du discours que l’on a déjà commencé d’entendre et de lire sous les plumes les plus autorisées.

Le plus significatif est que cette crise, plus encore que celle de la réforme des retraites, remet en cause de manière éclatante le fameux décret de 1966 sur la représentativité réputée irréfragable des bureaucraties syndicales issues de la Résistance.

On percera peut-être un jour le mystère de la rédaction administrative de ce texte absurde. Le fait actuel et futur est qu’il se trouve entièrement périmé, que seuls s’y accrochent vraiment les gens comme M. Blondel à la veille lui-même d’une retraite à la fois bien méritée et, pour une fois, salutaire.

Jean-Gilles Malliarakis

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CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE

LUNDI 30 JUIN 2003

LA PRESIDENCE ITALIENNE DE L’UNION EUROPEENNE...

Elle ne s'annonce pas que sous de mauvais auspices

On peut et l'on doit saluer d’abord le principe de la coopération policière affirmée en Sardaigne par MM. Sarkozy et Pisanu face à l’immigration clandestine et de manière très claire face à un pays extra-communautaire, en l’occurrence la Libye du Colonel Khaddafi.

On se doute bien qu’il ne s’agit pas en l’occurrence d’une simple pression sur un État exportateur de main d’œuvre comme ceux du Maghreb ou de l'Afrique subsaharienne. Pour la première fois, on amène un pays de transit à prendre rapidement ses responsabilités face à un trafic de migrants illégaux de toutes sortes, faux réfugiés politiques, vrais criminels, malheureux illusionnés par l’Eldorado occidental, candidats à l’assistanat, voire même quelques éventuels demandeurs d’emplois. Ce trafic en tout genre développe globalement une menace démographique pour l’Europe et seuls quelques curés progressistes en retard d’un Concile, d’un aggiornamento et de deux pontificats font encore semblant de l’ignorer.

Nous devons mesurer ici que M. Sarkozy et M. Pisanu ne représentent pas le même concept politique. Sarkozy, à tort ou à raison, fait figure de ministre de droite, plus en droite en tout cas que le président de la république. M. Beppe Pisanu au contraire, dans la coalition gouvernementale dirigée depuis 3 ans par Silvio, Berlusconi apparaît plutôt comme un élément centriste. Et c’est bien sûr la question de l’immigration que la Ligue du Nord et son chef Umberto Bossi font actuellement peser une menace de quitter le gouvernement. Ils réclament une politique plus dure, plus restrictive et, à notre avis, plus conforme à l’intérêt européen. Il est à ce sujet pittoresque de voir combien la gauche médiatique française, si hostile à M. Berlusconi (1), semble trouver intéressante la sécession éventuelle des légistes du Nord, à côté et en comparaison desquels il n’est pas malhonnête de voir un Jean-Marie Le Pen, un honnête continuateur des Indépendants paysans, sinon un forcené de l’antiracisme.

On ne manquera pas d’ailleurs de critiquer dans la presse bien pensante et gauchisante l’entente Sarkozy-Pisanu et de la stigmatiser comme représentant la lepénisation des esprits en Europe.

Si on devait chercher des arrières pensées de politique intérieure à cette ferme coopération destinée à défendre l’Europe sur son front sud, on serait tenté plus honnêtement de formuler l’hypothèse inverse : les gouvernements tant français qu’italien ne souhaitent certainement pas se trouver débordés politiquement sur leur droite.

Mais un autre élément doit être pris en compte, et salué comme il se doit : le 26 juin, Silvio Berlusconi est intervenu au Parlement italien et il a très précisément menacé d’intervenir militairement sur les côtes libyennes pour permettre un contrôle policier effectif, sous la responsabilité de l’Italie, si jamais le gouvernement de Tripoli n’acceptait pas de coopérer face au déferlement d’immigrés clandestins venus d’Afrique. Dans les 48 heures qui ont suivi tous les bons esprits sont montés au créneau dans le sens de la souveraineté de ce pays africain qui fut autrefois une possession italienne au lendemain de la guerre italo-turque de 1911 et naturellement aussi au nom des droits de l’Homme. Mais 3 jours après, le 29 juin, on pouvait lire en première page dans la Repubblica la bonne nouvelle d’un accord italo-libyen conforme aux desiderata italiens et, répétons-le, aux intérêts de l’Europe.

Dans la même livraison du grand quotidien italien de centre gauche étaient inventoriés les éditoriaux au vitriol et les premières pages caricaturales censées représenter l’inquiétude de l’opinion populaire européenne face à la perspective de 6 mois d’une présidence nominale rotative italienne de l’Union européenne. Et c’est un fait que Der Spiegel en Allemagne ou The Guardian de Manchester sont très critiques. Leurs homologues en France sont Le Monde et le Nouvel Observateur, c’est-à-dire des gens qui se sont toujours trompés. Alors, en effet, la présidence européenne italienne des 6 mois à venir ne se présente pas que sous des auspices négatifs.

Jean-Gilles Malliarakis

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(1) Dont elle présente la coalition comme étant à la veille de l’éclatement tous les jours depuis plus de 30 mois. Le pronostic finira donc bien par se réaliser un jour.

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COURRIER DES LIBERTÉS SOCIALES

LUNDI 30 JUIN 2003

LES INTERVENTIONS ETATIQUES SUR LE LOYER DE L’ARGENT NE RELANCERONT PAS L’ECONOMIE FRANÇAISE

"La Liberté du crédit, c'est l'harmonie sociale, c'est le Droit, c'est le respect de l'indépendance et de la dignité humaine. C'est la foi dans le progrès et les destinées de la société." Frédéric Bastiat

La baisse du taux d’intérêt américain ne nous a été connue ce 26 juin que par la lecture du Giornale à la sortie du Musée archéologique de Naples. Dans un tel contexte, la conjoncture financière si passionnante soit-elle mérite d’être mise en parallèle avec les tendances longues. Elle ne changera rien aux instantanés figés dans l’éternité d’Herculanum et Pompéi. La grâce des fresques, la perfection de la mosaïque d’Alexandre, la majesté des empereurs romains n’en seront pas altérées (1).

Quant à mettre les Napolitains au travail, la chose relève d’une chirurgie sociale certainement plus structurelle.

Reste qu’avec un taux de 1 %, le loyer public de l’argent fédéral américain est à un niveau qu’il n’avait pas connu depuis 1958. Depuis le 3 janvier 2001, le loyer du dollar est passé de 6 % à 1 %. Mais on doit observer qu’il était à 1,25 % depuis novembre 2002 et que, par définition, il peut difficilement tomber de beaucoup.

Cette politique de baisse des taux courts par les banques centrales peut faire l’objet de diverses appréciations selon qu’on l’observe du point de vue de la Bourse, de la Banque, de la grande compagnie ou de l’entreprise individuelle : ce n'est pas la même chose. Elle a aussi des effets sur le cours des monnaies, sur le commerce international et aussi sur la croissance.

Il ne nous appartient pas d’évaluer ici la pertinence de l’action de M. Greenspan qui, d’une manière générale, est probablement mieux informé que nous de l’intérêt des Etats-Unis.

Ce dont nous devons nous préoccuper, c’est plus sérieusement de cette idée répandue avec 10 ans de retard chez nos dirigeants politiques et nos technocrates que la relance de l’économie dépend de coups de fouet tels que la baisse du taux d’intérêt court fixé par les banques centrales.

Cette idée nous semble à peu près aussi illusoire que la politique du franc fort a pu se révéler néfaste pour la France dans les années 1990, et particulièrement lorsque M. Trichet fut nommé Gouverneur de la Banque de France par la grâce de M. Balladur.

À l’époque, pour maintenir un cours élevé du franc, on avait fixé un taux d’intérêt de base trop élevé. Ceci entraîna un coût exorbitant du loyer de l’argent pour les entrepreneurs, particulièrement pour les petits, mais aussi pour les consommateurs, pour les acquéreurs de logements, etc.… Une part importante du chômage structurel français de cette période s’explique par cette usure étatiste artificielle.

Faut-il imaginer que, symétriquement, une baisse administrative non moins artificielle des taux provoquerait un flux d’embauche et de création saine d’activités durables comme semble le penser en France le chef de l’État ? La réponse est non.

Tout d’abord, il n’y a pas symétrie. Faire passer de 10 à 15 % le taux de l’intérêt effectif payé par une petite entreprise peut contribuer à l’étrangler et à la dissuader d’investir.

Diminuer de 1,25 à 1 % le taux de la banque centrale n’entraîne pas les effets inverses.

Au-dessous de sa valeur naturelle, le loyer de l’argent encourage des opérations sélectionnées par d’autres considérations que leur rentabilité intrinsèque et leur utilité sociale. On ne saurait le dire mieux que l’a dit, en quelques lignes, Jean Étienne Portalis (dans son discours introductif au projet de Code Civil de l’an IX) et tout économiste français devrait avoir le courage de se référer à ce texte lumineux.

Un taux artificiellement bas est une forme de subvention et l'on n’a jamais vu l’assistanat engendrer le travail ni l’État décréter la croissance.

Cela nous ramène à Naples et à ce que les Italiens du Nord appellent la bourbonisation du Sud. Il est vrai qu'aujourd'hui c'est la bourbonisation de toute l'Europe qui nous menace.

Jean-Gilles Malliarakis

(1) C'est probablement cette résistance à l'usure du temps qu'on appelle développement durable.

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CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE

MERCREDI 25 JUIN 2003

L’EUROPE ET LE FRONT SUD

1. Rivalités des grands États

L’Histoire jacobine et franco-française de l’Europe met l’accent sur les rivalités des grands États qui se sont partagé les dépouilles de l’Empire romain d’Occident. Et aujourd’hui nous voyons certes encore les traces de cet héritage de division.

Mais il est d’abord à remarquer que les quelques réticences ouvertement centrifuges au sein de l’Union européenne viennent de pays dont l’histoire autrefois impériale a déterminé des intérêts puissants au-delà des mers. Nous pouvons certes commencer par l’Angleterre où de brillants éditoriaux eurosceptiques développent des théories parfois pertinentes.

L’éditorial et la couverture du The Economist du 23 juin montrent ainsi le lieu où l’on doit, selon le journal, classer le projet Giscard de Constitution européenne : la corbeille des chiffons de papier. Tout n’est pas faux dans les critiques britanniques et nous serions volontiers les partisans sincères de l’Europe de Bruges telle que Margaret Thatcher l’avait proposée dans un discours célèbre. Le concept était alors porteur d’espérance puisque enfin la Grande-Bretagne pouvait sembler, il y a 15 ans, s’impliquer de manière positive, avec la ténacité, le bon sens et la clairvoyance dont elle a fait preuve au cours des siècles, dans la grande réconciliation continentale.

Mais depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts glorieux de la Tamise et nous nous demandons si malgré l’Eurostar, la Manche ne s’est pas élargie et approfondie.

Certains accuseront l’influence dans la presse et l’opinion londoniennes de personnages et de capitaux issus eux-mêmes des Dominions blancs, c’est-à-dire de ces intérêts considérables qui persistent au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et même dans tout le Commonwealth.

D’autres pensent que la City financière de Londres est essentiellement mondiale.

Enfin, et surtout, la fameuse déclaration de Churchill sur le choix entre le Continent et le Grand Large, et ses propos sur les liens privilégiés avec les Etats-Unis, ne se sont jamais démentis.

L’exemple de la politique espagnole tournée vers l’Amérique latine ou même celui d’une France juxtaposant son souverainisme résiduel à son influence non moins résiduelle en Afrique francophone confirme cet impact du reliquat impérial.

Car, quoiqu’il advienne, on doit bien maîtriser le fait que ces orientations centrifuges sont d’abord la marque du passé et non le sentier de l’avenir.

Réconciliée sans doute depuis 1873 et la présidence de Grant avec les anciennes colonies insurgées d’Amérique, l’Angleterre ne les reprendra jamais.

À son tour, elle en subit l’influence et même la langue parlée dans les deux pays évolue de manière divergente.

L’Espagne et la France ne seront plus jamais des puissances coloniales et si l’on doit parler de colonisation du peuplement ce n’est certes plus dans le même sens. Les militants de l’Algérie française peuvent savourer dans le métro parisien la victoire de leur idéal de jeunesse. Mais cette saveur s’investit sur le petit territoire de l’Hexagone et son goût n’est pas dépourvu d’amertume.

D’autre part, quoiqu’il advienne aussi, les traces de l’aventure coloniale — dont Kazantzakis disait qu’elle avait été la grande épopée de la race blanche, Rudyard Kipling parlait de fardeau de l’homme blanc et Jules Ferry employait même des mots qu’il serait interdit de prononcer aujourd’hui, — tout cela fait partie du patrimoine historique européen, de la grandeur de l’Europe. Christophe Colomb pour l’Espagne, Savorgnan de Brazza pour la France étaient des Italiens ; les exemples abondent de ce foisonnement européen au terme duquel, et quoiqu’ils en pensent eux-mêmes peut-être, les Américains sont un rameau issu de notre souche commune.

Jean-Gilles Malliarakis

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CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE

JEUDI 26 JUIN 2003

L’EUROPE ET LE FRONT SUD

2. L’Europe renaîtra dans la lutte.

Il est dans la nature même de l’Europe de rayonner dans le monde et son génie ne la portera aucunement à l’enfermement. Les tenants de l’État commercial fermé selon Fichte ont certainement fait beaucoup de mal et ils en feront encore sous les marques hypocrites du commerce organisé tel que le rêvent ou le réglementent nos technocrates. Mais au final, ils seront toujours perdants dès lors que le dynamisme européen s’exprimera librement.

C’est d’ailleurs bien de cette certitude que l’on doit partir si l’on veut aboutir à une Constitution qui convienne à l’Europe des libertés. L’empilement des règlements technocratiques, le verrouillage des subventions agricoles, le verbiage enfin de la classe politique très fade imposant le discours politiquement correct à 450 millions de consommateurs, non seulement ce n’est pas l’Europe, mais cela ne survivra pas aux épreuves inéluctables.

L’Europe renaîtra dans la lutte. On ne peut jamais souhaiter aucune guerre, aucun affrontement sanglant, mais les crises sont d’autant plus terribles qu’on a tout fait pour ne pas se préparer à les résoudre. Moins l’Europe sera puissante plus elle aura la perspective de menaces bien réelles apparues sur d’autres continents.

La question de l’islamisme est aujourd’hui d’une évidence tellement aveuglante qu’elle risque de nous faire perdre de vue les autres défis.

Depuis le VIIIe siècle, la prédication monothéiste radicale de Mahomet a servi de drapeau à plusieurs vagues dont la grande Histoire de l’Europe, au-delà des petites rivalités internes n’a pas cessé de refouler victorieusement l’hostilité. Plusieurs siècles ont été nécessaires pour libérer la péninsule des Balkans. Toute l’histoire de l’Europe baroque puis romantique a été marquée par l’affrontement avec l’Empire turc dans toute l'Europe centrale, danubienne et balkanique et avec les Barbaresques en Méditerranée.

Mais nous serions enfermés dans une vision réductionniste, nous inverserions les causes et les conséquences, si nous limitions cette confrontation à sa seule dimension religieuse.

On a pu voir, au VIIe siècle, sous les quatre premiers califes (632-661) dans la progression de cette prédication en Orient, en Syrie (638), en Égypte (642), etc… une simple victoire d’un parti théologique et très certainement les sectes gnostiques et les diverses hérésies chrétiennes lui ont fait le meilleur accueil. Ainsi, un saint Jean Damascène issu lui-même d’une grande dynastie syrienne peut encore écrire à l’époque où l’empire musulman est dirigé par les Omeyyades (661-750) que la religion de Mahomet n’est jamais que la 100e hérésie.

Mais en fait, aussi bien dans le ralliement extrêmement rapide des cités de l’Orient que dans l’entreprise de conquête qui va se heurter à Byzance et asservir l’Espagne, on a assisté au retour d’une vague d'assaut extra européens attestée dans l’Histoire antique par les guerres médiques des Grecs au Ve siècle ou par les guerres puniques des Romains, 200 ans plus tard. Des menaces perses et carthaginoises, les Européens n’ont été délivrés que par les victoires d’Alexandre le Grand en 330 et en 146 par celle Scipion Emilien. On peut certes admirer Hannibal et le jeune Sigmund Freund s’identifiait au personnage, mais nous sommes fils de l’Empire romain et il nous semble que la prise d’Alger en 1830 n’a pas seulement constitué une victoire de l’Europe mais aussi une victoire de la civilisation sur la barbarie.

Jean-Gilles Malliarakis

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CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE

VENDREDI 27 JUIN 2003

L’EUROPE ET LE FRONT SUD

3. L’Europe se doit de maîtriser ses confins

Les assauts contre l’Europe sont tout autre chose que des débats théologiques avec des controversistes musulmans ou des sectes gnostiques.

Ils ont commencé avant le christianisme.

Ils se sont développés indépendamment de l’islam.

C’est ainsi, par exemple, que les Mongols ont attaqué la Russie bien avant de s’intéresser à la religion du Prophète, et qu’une histoire objective des Turcs prouve plutôt leur aptitude à la guerre de préférence à la philosophie ou à la théologie.

Leurs confréries de prédilection sont des assemblages très pratiques et leurs grands mystiques en sont plutôt des Persans (1).

L’Empire ottoman était la chose d’une armée qui s’est servie de la religion, et cette armée a survécu à l’empire.

Si aujourd’hui l’Europe est à nouveau confrontée à la poussée des peuples du Sud, si la ligne de fracture du monde semble bien encore entre Méditerranée et Bosphore, on ne doit pas se tromper sur la ligne de front.

L’Europe a besoin de maîtriser ses confins. Elle ne peut pas se contenter d’une coupure chirurgicale définitive : le détroit de Gibraltar, le Canal de Suez, la circulation entre le Pont-Euxin et la mer Égée, même les échelles du Levant font partie de son espace et l’intérêt commun de tous les peuples commandent qu’elle y rayonne.

Une vision étroitement continentale comme celle des gaullistes français ne peut mener qu’à une implosion d’une Europe rabougrie et nombriliste. Il est significatif d’en voir les dégénérescences dans une société qui, après avoir renoncé à gérer les problèmes africains et maghrébins Outremer, capitule dans l’Hexagone devant les conséquences de cet abandon vulgaire, celui que le fondateur de la Ve République refusait au départ d’envisager.

Défendre l’identité de l’Europe, c’est donc défendre les libertés au-delà même des frontières territoriales de l’Union européenne.

Ce n’est pas imposer au monde entier des normes abstraites.

C’est très concrètement permettre qu’au voisinage de l’Europe le libre épanouissement de nos valeurs, de nos entreprises et de nos relations naturelles soit assuré dans l’intérêt de nos voisins.

Naturellement, ceci ne prendra pas la forme périmée des anciens empires coloniaux puisque précisément, sous l’influence des idées et des enseignements européens, les Africains ont construit des États dont nous respectons les souverainetés. Bien au contraire, après les avoir largement fait accéder à l’indépendance politique formelle nous devons leur permettre d’évoluer vers les libertés sociales et économiques. En particulier nous devons considérer la remarque très pertinente du secrétaire américain au Commerce international soulignant que le développement résulterait beaucoup plus de l’épargne intérieure des pays du Sud que du stimulus du financement international.

On peut regretter que cette doctrine ait mis si longtemps à être formulée et certains ne manqueront pas d’en diaboliser l’origine nord-américaine. C’est bien, d’ailleurs, ce qui pose le véritable problème de l’Europe. Le monde a besoin d’une Europe des Libertés. L’espace africain a besoin de recevoir d’Europe non plus un message marxiste comme en dispensent encore nos universités, mais un message de liberté.

Mais nous-mêmes en Europe sommes-nous vraiment préparés à renforcer ce message ? Il vient pourtant du plus profond de notre histoire. Il se trouve peut-être même inscrit dans l’ethnogénèse de chacun de nos peuples. Mais il est renié toujours par les survivants des sectes utopistes et étatistes. Le marxisme-léninisme a alimenté l’hystérie satanique révolutionnaire au cours du tragique XXe siècle avec ses 190 millions de victimes. On ne remarquera jamais assez que ces victimes, majoritairement civiles, ont été assassinées pour la plupart par les bureaucraties qui prétendaient les nourrir, et qu'elles se sont retrouvées broyées par les idéologies qui étaient supposées les aimer. 

La confrontation de l’Europe avec les vagues d’assaut extérieures ne doit pas nous faire perdre de vue que l’Europe n’est grande que dans la liberté. Avant de repousser les Perses, Athènes s’est débarrassée de ses oppresseurs. La grandeur de Rome s’est construite dans la république et jamais les despotismes orientaux n’ont su durablement s’acclimater dans l’âme de nos peuples.

Le Front Sud de l’Europe ne verra la victoire de l’identité européenne que si le génie de notre continent assure la victoire de nos libertés.

Jean-Gilles Malliarakis

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(1) Ainsi le fameux Djalal-al-Din Rumi, prince et poète originaire du Khorassan et qui fut au XIIIe siècle le fondateur de ces derviches mevlevi que nous appelons derviches tourneurs.

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