CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE
SEMAINE DU 7 au 12 JUILLET 2003
DÉSIGNER LENNEMI :

La première urgence pour la France est davoir conscience du péril extérieur
Il faut, pour une fois devenue rare depuis plusieurs années, féliciter la rédaction du Figaro Magazine davoir entrepris à compter de ce 5 juillet la publication comme série de lété dune présentation des Croisades perçues comme la grande épopée européenne. On ne doit pas douter quau fil des semaines le politiquement correct finira par simmiscer dans cette fresque historique et on doit ajouter aussi que le malentendu entre le nord-ouest et le sud-est européen y prendra aussi sa part.
M. Emmanuel Leroy-Ladurie, aujourdhui recyclé en intellectuel de droite, présente à juste titre les Croisades du Moyen âge comme une expression du dynamisme européen. Aujourdhui, nous sommes loin du compte et nous pourrions commencer par nous demander si le refus de la croisade, 900 ans plus tard, nest pas justement le signe du déclin de lEurope, et plus précisément du déclin de cette partie dEurope qui se pense pour le tout du continent, celle doù sont parties les croisades occidentales. Il y a en Europe un déclin de lidentité dans le nord-ouest du continent, lespace industrialisé, gavé, social démocrate. Le sens de lidentité semble plus fort aujourdhui en Europe Centrale et Orientale, entre Balkans et Baltique, dans des zones provisoirement moins prospères mais non moins marquées dune forte tradition culturelle.
Les régions s'étendent aussi à la Russie, et elles se trouvent soumises depuis 10 ans à la pression islamique, turque et/ou terroriste de manière plus marquée que lOccident européen.
Comme lAmérique jusquau 11 septembre 2001, lEurope de lOuest ne veut pas voir le danger et elle va jusquà subventionner sa propre destruction.
Le parallèle mérite dêtre souligné. Aux États-Unis, dès 1993, le World Trade Centre avait fait lobjet dun premier attentat islamo-terroriste. On ne parlait alors ni du réseau Al Qaïda, organisé bien plus tard, ni de son chef médiatique Oussama bin Laden. On na commencé à sen préoccuper quen 1998. Et si on veut bien consulter les archives, les premières manifestations publiques de son entreprise terroriste tendaient à faire pression dans lété 1998, par les attentats de Nairobi et Dar-es-Salam afin damener le président Clinton à soutenir lUCK dans la crise du Kossovo, ce que finalement les États-Unis ont fait au printemps 1999 sous l'influence de M. Tony Blair, de M. Jacques Chirac et de Mme Madeleine Allbright.
En France, depuis 1995 et les attentats du GIA algérien dans le métro parisien, nous ne pouvons pas ignorer les menaces que lislamo-terrorisme maghrébin, directement lié aux réseaux Al Qaïda fait peser sur notre pays. En réalité, les attentats ont commencé dès les années 1980, mais à cette époque-là il était de bon ton, il était politiquement correct daccuser lextrême droite. Souvenons-vous aussi quen 1995, on a imaginé dévoquer une éventuelle "piste serbe".
Car la vérité, dans notre situation décadentielle, cest que nos dirigeants et nos médiats ne veulent pas voir la réalité en face. Venant après le calamiteux conseil du culte musulman, au sein duquel les islamistes se sont taillé une part considérable, aussi prévisible pour les personnes sensées quelle demeura imprévue aux yeux de nos technocrates, voici que M. Chirac intronise un comité de réflexion sur la laïcité, la fameuse commission Stasi dont la simple composition nous indique bien la fonction. Sur 20 membres de cette commission on a bien prévu 1 représentant du christianisme. Mais on a pris soin de nommer M. René Rémond dont toutes les interventions ont toujours tourné sur le thème de repentance catholique y compris pour déformer la vérité historique, toujours pour nous dire que lÉglise catholique sest trompée, sest déshonorée, sest compromise Ah ! On ne risque guère de lire sous sa plume une apologie des Croisades ! Il est vrai que M. Stasi, par son frère, entretiendrait une relation avec lÉglise romaine. Mais précisément 95 % des Français sont sociologiquement, historiquement, traditionnellement dans ce cas.
Regardons objectivement, en revanche, les gens auxquels M. Chirac demande de réfléchir sur la laïcité française et l'on mesure à quel point on est loin du compte des familles spirituelles de la France.
Même le protestantisme, qui fut pourtant un des interlocuteurs de la laïcité entre 1901 et 1905, semble rayé de la carte laïque.
Ne parlons même pas du judaïsme officiel et religieux : il est suspect dinquiétude vis-à-vis de la poussée islamiste.
On se demande si pour M. Chirac il existe une seule autre manifestation du sens religieux en ce début de XXIe siècle que le port dun foulard par quelques adolescentes maghrébines. Cest probablement le seul écho du divin, relayé par les syndicats d'enseignants, qui parviennent jusquaux bureaux de la Communication de lÉlysée.
Or, le monde actuel voit sentrechoquer les religions même sil est inconvenant den parler dans les dîners officiels. Et ce choc, qui noppose pas entre elles des civilisations mais, dune part des peuples civilisés, dautre part des barbaries, sexprime aujourdhui par la poussée islamo-terroriste.
Laffreux attentat suicide tchétchène de Moscou la encore prouvé ce 5 juillet, faisant des dizaines de victimes innocentes à loccasion dun concert où se pressaient des milliers de jeunes Moscovites inoffensifs. Que deux jeunes femmes fanatisées par leur cause aient pu se livrer à un tel acte, qui nest pas le premier et qui ne sera probablement hélas pas le dernier, prouve le lien que certains voudraient nier, le lien de lislamo-terrorisme.
Depuis 2001, la preuve matérielle de ce lien entre les extrémistes des causes tchétchènes, kossovares et Al Qaïda en est administré sur leurs sites Internet où les uns et les autres développent les mêmes discours, théorisent les mêmes opérations dites Chahid le mot suicide est contraire à lislam et appellent à la guerre contre tout ce qui est qualifié par eux de judéo-chrétien, judéo-croisé. Au moins, on accordera sur ce point une convergence sémantique entre le Figaro Magazine, Leroy-Ladurie et Bin Laden, Croisé égale Européen dynamique, Européen qui ne se laisse pas marcher sur les pieds
Quaujourdhui la Russie soit en pointe dans ce combat représente sans doute lhéritage de sa confrontation séculaire avec les Mongols à partir du XIIIe siècle et avec les autres puissances musulmanes quelle avait éliminées dAsie Centrale et du Caucase avant que Lénine imagine la stratégie perverse du congrès de Bakou. Saluons donc, sur ce point et sur quelques autres, le retour de la Sainte Russie dans le voisinage de Vladimir Poutine.
Mais ne nous leurrons pas. Ni la Russie, ni lAmérique ne résoudront les problèmes de la France et de lEurope à notre place. Dans le conflit entre lAmérique et lislamo-terrorisme on a vu comment certains ont cru nécessaire de ressusciter un antiaméricanisme de caractère effectivement obsessionnel pour parler comme Jean-François Revel. On retrouve une obsession similaire à propos de la Russie. Ce sont dautres intellectuels qui se mobilisent contre le système de sécurité russe, contre lhéritage communiste bien sûr, contre les violations des Droits de lhomme dans la guerre de Tchétchénie. Nous aurions tort de ny voir quun radotage danciens anticommunistes car la plupart de ces intellectuels étaient au contraire des admirateurs sinon de Brejnev difficile à admirer du moins de Lénine et de Trotski. Ce quils cherchent dailleurs, ce nest pas de faire baisser la garde de Poutine et du FSB russe, tout simplement parce quils nen ont pas les moyens ! Ce à quoi ils semploient cest de découpler lEurope et la Russie, dempêcher au moins toute tentative de convergence, de noircir le gouvernement de Moscou qui cherche lui aussi à sortir de lhéritage de 70 ans de soviétise.
Le poids de lhistoire est ici considérable. Tout se passe comme si en France on voulait revenir, pas même aux guerres civiles européennes du XXe siècle, mais à la crise européenne de 1854 qui a conduit à la guerre de Crimée et qui a plombé pendant 40 ans la politique française, victoire militaire certes, mais désastre diplomatique.
Certes nous ne serions pas en mesure de refaire militairement la guerre de Crimée. Simplement nous continuons en France à nous tromper dennemis.
Et cest bien de cela quil faut sortir.
JG Malliarakis
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