CHRONIQUE DE L'EUROPE LIBRE
SEMAINE DU 14 au 19 JUILLET 2003
M. CHIRAC TEND A INTRODUIRE UN NOUVEAU FERMENT DE DIVISION EN EUROPE

Est-ce parce qu'il se voit rattrapé par ses propres carences économiques ?
"Celui qui désire et qui nagit pas répand la peste dans le monde".
Dans son allocution rituelle du 14 juillet, le chef de lÉtat, M. Jacques Chirac, parle peu de politique extérieure.
Après tout, ce nest pas trop regrettable. Chaque fois quil sexprime sur les sujets sortants de lHexagone cest pour heurter en général un ou deux pays amis et pour enfoncer un peu plus la réputation internationale de la France dans le monde civilisé.
Aujourd'hui, il agit de la sorte en grande partie pour des raisons intérieures.
Mais sexprimant sur le Pacte de stabilité, affaire européenne et non véritablement "affaire étrangère", il na pas failli à la règle. On doit se souvenir en effet que M. Chirac fut à Amsterdam en 1997 le signataire dun traité destiné, notamment, à parachever lUnion monétaire dont les règles avaient été largement élaborées à Maastricht en 1991. Le retour à léquilibre budgétaire était une des clefs de la mise en place de leuro. À lépoque, le chancelier Kohl et son ministre de léconomie Théo Waigel (1) ne laissaient planer aucune ambiguïté. Il sagissait, pour l'Allemagne, dapporter le deutschemark dans une corbeille de mariage où devaient se fondre la lire italienne, la peseta espagnole et quelques autres monnaies plus ou moins fragiles. C'était une affaire sérieuse. Elle inquiétait les responsables français eux-mêmes, au point que M. Juppé avait eu le mauvais goût en 1996 de laisser entendre que lItalie aurait pu être tenue à lécart de lEurogroupe.
Remettre aujourd'hui en cause le Pacte de stabilité est donc une affaire extrêmement grave. Le spectre en semblait écarté depuis que le gouvernement Raffarin, en imposant sa réforme (modeste) des retraites, a démontré que la France pouvait se rapprocher de ces normes communautaires, quelle a largement contribué à définir.
On peut certes se demander rétrospectivement si lUnion monétaire était une bonne idée, dans la mesure où des dirigeants européens comme Chirac feraient tout pour empêcher une Union politique de lEurope et pour réintroduire les germes de crise, de division et daffrontements entre Européens.
Aujourdhui, cependant, la logique du processus communautaire se poursuit et il est peu probable que M. Chirac lemporte sur ses partenaires. Son jeu est un jeu solitaire et brouillon dans lequel ses principaux alliés pourraient être les plus eurosceptiques des Anglais (2), avec lesquels il est incapable de sentendre.
Aujourdhui même, dans lEurope des Quinze, la France nest pas seulement le pays le plus retardataire quant à lapplication des directives communautaires (3), elle est aussi le pays le plus lourdement déficitaire avec un prévisionnel de 3,8 % de son Produit Intérieur Brut (4).
Dans de telles conditions, comment le cancre peut-il imaginer se faire élire chef de classe dès lors que tout le monde sait très bien que les règles du jeu européen pèchent plus par leur laxisme, par la mollesse et la lenteur des sanctions, que par lexcès de rigueur ?
M. Chirac lui-même reconnaît dailleurs, à sa manière, que la remise en cause du Pacte signé par lui nest pas à lordre du jour. Il prétend se proposer simplement de le réinterpréter.
Or, de telles subtilités ne sont plus de nature à convaincre. La France est au milieu du gué. Et M. Chirac lui-même a contribué à l'indiquer aux Français comme le seul chemin possible, notamment lorsquen septembre 1992 il fit voter par le RPR la ratification du Traité de Maastricht. Lui-même pose régulièrement entre un drapeau tricolore et un drapeau bleu, frappé des Douze étoiles.
Ceci montre bien que lUnion européenne nest pas, à ses yeux, une organisation internationale parmi la multitude de celles auxquelles, comme d'autres États souverains, la république française a donné son adhésion.
LUnion européenne est bien lEurope en formation, en gestation, dans laquelle la France renonce, en fait, à sa souveraineté dÉtat en vue de rétablir lindépendance collective du continent et, selon nous, afin de sauvegarder aussi lidentité commune de nos peuples. Sil ne pense pas ainsi M. Chirac doit le faire savoir et renoncer à utiliser le drapeau bleu. Il nen a pas le courage.
"Celui qui désire et qui nagit pas répand la peste dans le monde" dit le poète.
Le président de la république nagit pas mais il gesticule.
Cela peut devenir très grave.
Cela intervient au moment où Italiens et Anglais cherchent à secouer le monopole dinfluence du couple franco-allemand économiquement mal en point, politiquement fatigué, socialement archaïque.
Cette ligne italo-anglaise est soutenue en fait par un nombre important dÉtats-Membres de lUnion, et pas seulement par les candidats dEurope de lEst. Elle a pour elle non seulement la Pologne, mais aussi lEspagne.
Une France dirigée par nimporte quel autre représentant que par MM. Chirac et de Villepin pourrait chercher à sauvegarder les relations inter européennes entre les deux groupes de pays.
Ne perdons pas de vue que les rivalités des grands exaspèrent les petits.
Ne perdons pas de vue, non plus, que lAllemagne cherchera plutôt un rapprochement qu'un affrontement durable avec la Grande-Bretagne et que ce sont seulement quelques provocations subalternes (5), qui ont envenimé pour une durée de temps quon espère très limitée, les relations italo-allemandes ces derniers jours, les premiers de ce mois de juillet.
On doit craindre hélas, que, rattrapé par ses carences dans la conduite des réformes en France, ficelé par son alliance implicite avec lextrême gauche, M. Chirac soit le plus mauvais gestionnaire de toutes les entreprises de réconciliation et de renaissance européenne.
Jean-Gilles Malliarakis
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