SEMAINE DU 28 JUILLET AU 3 AOÛT 2003
QUAND LES PORTE-PAROLE DE LEUROPE TECHNOCRATIQUE SEXPRIMENT

Leurs définitions collent impeccablement à la candidature de la Turquie
Jour après jour en cette fin de juillet, la radio dÉtat France Culture explore en début de matinée les définitions de lEurope. Certains trouveront peut-être singulier quon ait attendu près dun demi-siècle après la signature du Traité de Rome en 1957 pour se livrer à un tel exercice. La vérité cependant demeure quil nest pas inutile.
Le premier défaut de lenquête de France-Culture vient de ce que, comme tout ce qui sappelle "France" quelque chose, cela donne la parole, aux fais des contribuables, à des idéologies de gauche pour 90 % dentre elles, au moins, plus de 80 % des journalistes ayant voté Jospin, le reste étant tributaire de ce quon appelle la pensée unique.
Lintérêt des deux principales interventions du 24 juillet tenait à ce que ni M. Alain-Gérard Slama ni Mme Noëlle Lenoir ne font officiellement partie de la gauche française et nont probablement jamais voté Jospin. Le premier est un commentateur attitré du Figaro. La seconde est secrétaire dÉtat aux Affaires européennes dans le gouvernement Raffarin.
M. Slama considère que la valeur essentielle de lEurope ce serait, à len croire, lantitotalitarisme. Voilà une doctrine clairement exprimée. Elle vient certainement du cur. Car, malgré ses répugnances affichées pour le libéralisme économique, ce penseur officieux pourrait être étiqueté au titre de la droite libérale, au risque d'une dévaluation de cette expression.
Seulement la sincérité nest pas la vérité. Plus précisément, ici, la clarté nempêche pas labsurdité.
Dabord, lEurope peut difficilement être considérée comme le lieu de lantitotalitarisme puisque tous les totalitarismes du xxe siècle sont partis dEurope, y compris les totalitarismes de la décolonisation. Pol Pot fut un élève de la Sorbonne et du communisme français, un lecteur de lHumanité. Mao Tsé-toung lui-même nest quun importateur, certes massif, du stalinisme dans son pays. On a pu voir dans sa victoire de 1949 et dans sa dictature une occidentalisation de la Chine, ceci sans forcer le trait. De même tous les partis uniques du Tiers-monde ont été copiés sur lEurope.
LAmérique pourrait peut-être se définir comme "antitotalitaire", sûrement pas lEurope.
Cela ne veut pas dire que notre continent ait été inguérissable de la maladie totalitaire, réduite à quelques utopistes depuis 1991.
Cela veut dire quil faut trouver autre chose que la définition "antitotalitaire" de M. Slama si lon ne veut pas senliser dans le ridicule.
Et de plus, tout le monde fait semblant dacquiescer de nos jours à ce genre dimbécillités sentencieuses. Il y a un piège à ne pas y souscrire et ce danger lui-même prouve dailleurs que sournoisement un certain totalitarisme règne en Europe, singulièrement en France.
On sexpose à être suspecté de "fascisme" puisque, malencontreusement, sans pratiquer vraiment, sérieusement, industriellement la chose, cest Mussolini qui a introduit le mot totalitarisme, alors que l'expression qui ne convient en fait que pour désigner le régime de Lénine et Trotski dès 1917, celui de Staline à partir de 1922 et par imitation celui de Hitler entre 1933 et 1945.
Ne commettons pas non plus lerreur de supposer, ou plutôt de faire semblant de croire, quaprès la mort de Staline et la liquidation de Beria en 1953 une version antitotalitaire du communisme lait emporté en Europe de lest. Au contraire : partout où létau a tenté de se desserrer, le bloc soviétique a rétabli durement le totalitarisme, jusquà son effondrement de 1991.
Mme Lenoir, peu connue du grand public, représentait dans ce débat le gouvernement français.
Mme Lenoir na pas démenti M. Slama.
Au contraire, Mme Lenoir applaudit des deux mains.
Mais elle ajoute deux autres notions constitutives de lEurope, selon elle.
La première idée, à lentendre, parlant au nom de lÉtat central français, ce serait la laïcité.
Mme Lenoir déplore sans doute quen dehors de la France, sur 25 pays membres de lUnion européenne, seul le Portugal, "peut-être" ajoute-t-elle, ait cru bon de faire figurer le laïcisme dans sa Constitution. Mais elle shonore que la France officielle impose à ses partenaires une conception artificielle de lEurope où la pensée des philosophes du xviiie siècle compte plus que 2 000 ans de christianisme.
Une autre doctrine semble officiellement devoir être ajoutée, à en croire notre ministre : cest celle de service public.
Que serait lEurope si le timbre-poste nacheminait pas uniformément les factures délectricité et les relevés de banque sur tout "le" territoire ? Effrayante hypothèse nest-ce pas ? Colbert, avec son monopole des Poses royales, quatre ans après la croisade de Saint-Gothard, nest quun précurseur. Il faut attendre 150 ans pour que lEurope naisse de la suppression des centimes additionnels et de luniformité tarifaire du timbre etc.
Voilà ce que font semblant de penser nos actuels dirigeants officiels français. Ils s'emploient à gommer à tout prix la notion même didentité européenne car, bien entendu, du Venezuela à lIndonésie, tout le monde pourrait se dire laïc, attaché aux services publics et antitotalitaire, donc Européen.
On remarque que de telles définitions collent impeccablement à lhypothèse de la candidature de la Turquie puis, après cela, à la dilution de toute notion dEurope.
Sans doute faut-il avoir lhonnêteté de considérer les arguments de ses adversaires.
Mais il faut aussi avoir le courage de remarquer, précisément, quils sont des adversaires.
Ainsi, sur le terrain de lEurope libre, sur la question dune définition de lEurope qui échappe aux manipulations des technocrates, M. Slama, Mme Lenoir et ce quils représentant sont les adversaires de lEurope des Libertés. Ce sont les thuriféraires dune Europe intergouvernementale. Ils attendent la première occasion pour gommer définitivement toute référence effective à lidentité européenne.
Et cette occasion leur est offerte avec la candidature des Turcs
JG Malliarakis
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