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CHRONIQUE DE L’EUROPE LIBRE

LUNDI 15 SEPTEMBRE 2003

FAUT-IL CROIRE A L’ONU ? FAUT-IL CROIRE A TOUS LES MACHINS ?

L’Europe ne doit pas devenir, elle-même, un nouveau machin.

Il fallait entendre ce 15 septembre sur France Inter le stupéfiant commentaire considérant que l’échec de la conférence de Cancun constituerait une victoire pour les altermondialistes. Et, d’un certain sens, on peut en effet admettre qu’un courant d’idées et d’actions investies essentiellement en critiques négatives et puériles de ce qu’ils appellent mondialisation libérale serait toujours gagnant quand la machine semble se gripper. Mais alors bien évidemment, il ne convient certainement plus de parler d’altermondialisme (1) il faut bien revenir au terme d’anti-mondialisation.

Sur les questions en négociation au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce, ne nous limitons pas à celle du Libre-échange. (2)

Car, aujourd’hui, sur la question plus générale du mondialisme, on doit bien comprendre que l’Europe se trouve à la croisée des chemins. De plus, la double affaire du projet de Constitution élaboré par Giscard et de l’élargissement à 25 membres de l’Union européenne rend encore plus cruciale cette interrogation.

Dans l’affaire des subventions agricoles, Européens et Américains ont adopté une position pratiquement commune au sein de l’OMC. L’attitude paraît aussi critiquable des deux côtés de l’Atlantique, puisque dans les deux cas, on s’accroche à des mécanismes extrêmement coûteux. Ils se révèlent plus ruineux encore pour l’Europe que pour les États-Unis. Leur mise en place pénalise le contribuable, le consommateur et les populations actives de tous les pays industriels. De plus ils bloquent et retardent les relations normales avec le reste du monde, pour le plus grand dommage de l’Europe dont on doit remarquer qu’elle absorbe les flux migratoires précisément induits par ces blocages, c’est-à-dire par la carence des débouchés des activités de main-d’œuvre du Sud.

Et au-delà de ce dossier, non négligeable il est vrai, on doit aussi se poser la question de l’ensemble des institutions mises en place en 1944-1995 par les grandes conférences interactives de la Seconde guerre mondiale.

Si l’expression mondialisme a un sens, c’est autour de ces institutions, de tout ce qu’on appelle le système des Nations Unies, allant de l’ONU elle-même à l’Organisation Mondiale du Commerce à l’UNESCO ou à la FAO.

S’agissant de l’OMC, par exemple, son institutionnalisation fut retardée d’un demi-siècle, d’abord par l’existence du bloc de l’Est, mais aussi par les réticences bien compréhensibles des responsables économiques occidentaux peu désireux de voir le mondialisme pratique dans l’activité de tous les jours.

C’est seulement la conjonction de la politique américaine menée par Clinton, alors très interventionniste et celle de la technocratie française à l’époque du gouvernement Balladur qui a permis, dans le cadre des accords de Marrakech de 1994, de transformer le bon vieux GATT en organisation telle que nous connaissons actuellement.

À tout prendre et pratiquement en toutes circonstances, il vaudra toujours mieux une structure de concertation internationale souple à toute organisation mondialiste générant un directoire supranational flanqué d’une armada de bureaucrates.

Une telle préférence devrait inspirer l’action des Européens, c’est la doctrine de l’Europe des Libertés. Mais l’Europe des technocrates, l’Europe giscardienne, l’Europe sociale démocrate prend la position inverse, à commencer par elle-même.

Autour du 10 septembre, par exemple, le monde s’est ému de la décision du cabinet israélien d’autoriser le Premier ministre à aller extrêmement loin dans la rupture avec le président de l’Autorité palestinienne. Sur le fond, l’Europe est désormais attachée à l’idée que les Palestiniens ont droit à une patrie, ce qu’en général les médiats français rejetaient avec horreur, il y a 30 ou 40 ans. Et, depuis 10 ans, on a pris l’habitude de voir en Yasser Arafat le représentant incontestable du peuple palestinien. Âgé aujourd’hui de 74 ans, le vieux leader de l’OLP et du Fatah n’a probablement pas de très longues années devant lui.

Mais la vraie question actuellement posée est de savoir si l’ONU peut vraiment résoudre le drame israélo-palestinien, après en avoir créé le germe par le partage impossible de 1947.

On entend s'exprimer la diplomatie française comme si, dans cette affaire, les casques bleus évacués en 1967 pourraient vraiment rétablir une paix entre deux États, qui n’ont jamais existé simultanément depuis 3 000 ans, depuis que les observateurs envoyés par Moïse revinrent pour lui dire en substance : "la Terre est belle, mais elle est habitée" (3).

Eh bien, désolé, mais on ne saurait croire à une efficacité onusienne dans ce domaine.

Tout simplement, depuis 1945, l’ONU n’a résolu aucun problème.

L’Europe doit le comprendre et ne pas devenir à son tour, elle-même, un nouveau machin.

JG Malliarakis

  1. – expression que j’ai lue dans l’Humanité pour la première fois.
  2. Cf. http://www.europelibre.com/CL2003/cl030915.htm
  3. Le "Rapport des envoyés" figure au Livre des Nombres, 13, 25-29.

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